Back to rock n roll. Se présenter au parloir juste après Léo F. chantant Verlaine et Rimbaud, faut pas craindre la rupture de tonalité. "Sans transition", qu'ils disent, dans ces cas-là, à la radio. Ca oui, sans transition, c'est le moment de le dire. Et succéder aux tribulations new-yorkaises de notre cher Dominique ne l'est pas moins.
Ce disque du jour est un maellstrom, un typhon, un cyclone. Le type qui tient ici la guitare est un fou furieux. A l'époque, en ce début des seventies, il n'a pas encore "totalement" pénétré dans sa période héroïne, dont il mettra des lustres à ressortir, amaigri, mais pas même blanchi sous le harnais, vu qu'à la naissance il possèdait déjà cette belle couleur uniforme, dite de neige, dont seuls les authentiques albinos peuvent se prévaloir. Johnny L'Hiver, le bien nommé, est un nègre de l'intérieur.
Dans le lycée où mes congénères et moi nous entraidions sur la grand-route de l'initiation rock n rollienne (ou rolleuse, comme vous voudrez), cet album-ci connut une renommée fameuse. (Parfois nous nous appliquions, à l'inverse, à protéger certaines découvertes; des pépites connues de nous seuls, que nous tentions de garder quasi secretes, mais qui ne le restaient jamais longtemps) .
Au début je ne goutai guère ce "Johnny Winter Live". J'étais faut dire assez peu attiré par les guitaristes trop directement marqués par le blues. En dehors de Clapton, peut-être. Ca changerait, par la suite. (J'ai un ami de cette époque qui ne jure que par Duane Allman, et faut bien reconnaitre qu'il y a de sévères arguments en sa faveur). Winter question blues, était clairement marqué au fer rouge. Et ça devait faire mal. Car ce type ne chantait pas, il beuglait littéralement, le con, et mes chastes oreilles un peu trop bercées par la pop beatlesienne (ou spectorienne) ne se laissaient pas ainsi violer sans mot dire.
Sur ce disque historique où alternent des classiques du rock n roll et quelques blues bien envapés, je dois admettre que c'est par les deux reprises les plus "faciles"', les plus "immédiates", que ce disque dantesque de bout en bout, m'a peu à peu apprivoisé.
Il y a les albums coups de foudre, et ceux qui au début vous laissent de marbre; pourtant, sur la durée, il arrive que ceux-là finissent par vous marquer davantage que ceux-ci. Et sur cette reprise des Stones, je vous DIS, et je vous REPETE, que la dernière partie du solo final est tout simplement époustouflammante.
WINTER Johnny - Jumpin' Jack Flash - Rock And Roll Medley
Cet homme Winter est un virtuose, que la guitare soit sèche ou connectée au secteur. Et cet album public, sommet de sa première partie de carrière, rend grâce à ce qu'il a toujours su faire de mieux: adopter les standards des autres, les concasser dans sa moulinette d'halluciné du 12 mesures, et vous les resservir chaud, comme une bombinette sur un plateau, qui vous saute à la hure, sans précaution, ni sommation, ni gare. Par la suite, il reprendrait la formule à travers de nombreux albums publics, souvent inégaux, mais où figurent chaque fois une ou deux pépites de grattounette échevelée. Guitare, dites-vous? Ce truc qui sonne ringard et has-been aux oreilles de certains zigotos de la jeune génération? Solo de guitare? Ah ah !
Oserai je dire que j'emmerde les zigotos de la jeune génération, ceux-là, du moins...?? Le monde compte assez de pisse-vinaigres et gâte-sauces pour qu'il ne s'en vienne pas polluer mes petits voyages express aux pays des merveilles!