Ah, mais dîtes... C'est que je n'avais PAS DU TOUT prévu ce disque-ci pour aujourd'hui, moi... Sauf que...
Evidemment, dès le départ, ils étaient du nombre, Morrison et sa clique. Mais dans cette farandole endiablée des 100, je les voyais venir un peu plus tard. Disons vers l'automne. Je pioche dans ma liste de pochettes, au petit bonheur, sans autre préséance que cette envie de l'instant. Pas de classement, pas de rétro planning, juste une douzaine de notes écrites d'avance, dans le petit matin blème, ou le soir, un peu pété au punch, ce qui peut arriver assez vite par ces temps de chaleur et fatigue...
Donc, ce disque était en stand-by, mais voilà que dimanche, écoutant d'un oeil distrait les dernières niouzes sur BFM-TV, histoire d'en savoir un peu plus sur les particularités du "room service Sofitel", j'apprends qu'il Y A QUARANTE ANS pile poil, nous quittait Jim Morrison. L'espace d'un instant, je croise même un vieil homme que je reconnais pour être Ray Manzareck (le plus fabuleux claviériste rock de la création, bien avant le Jon Lord de Deep Purple, ou tous ces virtuoses du "prog rock", par ailleurs vénérés par mon Cher ami Gilles C.). Notre homme à lunettes évoquait son acolyte disparu dans des circonstances, qui disait-il, demeurent mystérieuses et non élucidées.
The Doors - 08 - Crawling King Snake
Donc, 40 ans... Allez... Je vais pas donner "dans l'appel aux Morts", comme dit Gabin dans le Cave se rebiffe, mais quand même... Décaler un peu mon listing et faire dès aujourd'hui sa place à ce formidable album des Doors. L.A. Woman. De toute leur discographie, je choisis sans la moindre hésitation celui-ci, dont la production m'a toujours impressionné. Le son y trouve une densité émotionnelle rare. Et la place faite au blues rend le disque intemporel. Essentiel. Universel.
Certains voient en Morrison "LA" plus grande icône du Rock. Il en est, à commencer par Oliver Stone dans son film consacré à l'histoire du groupe, qui ont même cru judicieux d'en faire une sorte de Jésus Christ superstar pour de vrai, tant le bonhomme était "charismatique" bien au-delà du raisonnable.
Si on le relie à deux autres icônes mortes à la même période, Janis et Jimi, il faut reconnaitre que nous tenions là une Sainte Trinité hors norme, dont on se demande encore quelle étrange conjonction astrale autorisa leur naissance et leur éclosion en une période si rapprochée.
The Doors - 03 - Been Down So Long
Certain samedi, sortant du lycée fréquenté par ma fille à l'issue d'une réunion parents-profs, je me souviens d'être tombé sur deux élèves de classe terminale, qui tous deux portaient un T-Shirt Jim Morrison. Ce qui me parut, au vu de la distance temporelle, aussi incongru que m'imaginer à leur âge, affublé d'un T-Shirt à l'effigie de Bix Beiderbecke ou Scott Joplin (non, pas le père de Janis).
Je leur exprimai mon étonnement, et l'un des deux me répondit "ben oui, vous vous avez eu la chance de grandir avec autre chose que nos musiques de merde".
Je pris la réponse pour ce qu'elle était, mais sans en être vraiment convaincu. Il se trouve que Jim est mort tôt, comme on dit en Franche-Comté. Son aura n'en est que plus immense. J'en sais aujourd'hui un peu plus qu'hier sur les mythes et leur signification. Morrison est de l'ampleur des Rimbaud, des James Dean, de son contemporain Hendrix,de tous ceux qui mourant au sommet de leur génie, laissent entendre qu'ils auraient pu aller plus haut encore... Ce que les gens aiment, je crois, chez ces icônes, c'est davantage ce qu'ils n'ont pas eu le temps de réaliser, ni d'être. Cette potentialité qui ne s'est pas confrontés aux limites. Et puis, cette élégance de mourir jeune, dans la beauté, la grandeur, alors que nous sommes si nombreux à souffrir de voir Dylan vieillir à nos côtés... tout en remerciant la destinée de nous le garder vivant.
Mourir jeune c'est encore le meilleur moyen de ne pas vieillir. L'inverse est vrai aussi.
Dans mon petit film personnel, Jim Morrison ne joue ni le rôle d'un Dieu, ni même du Christ. Il n'est pas davantage cette voix figée qu'on entend off, dans Apocalypse Now. Il m'apparait juste comme le plus grand chanteur de blues blanc qui ait traversé cette drôle d'histoire, la pop musique. Et hormis les trois tubes planétaires que tout le monde connait sur LA Woman (Love Her Madly, L.A. Woman, Riders on the Storm) je dois à ce disque ma première empathie réelle et profonde avec le blues. Les guitares y étaient sublimes, (certaines jouées par Marc Benno, en plus de Robbie Kriegger) les claviers d'une moiteur rare. Rythmique à l'unisson. Je maintiendrais, la tête sur le billot, qu'il s'agit d'un des 10 plus grands disques jamais enregistrés sur cette planète. Si je n'en prenais que 10 pour le Grand Voyage, je crois qu'il serait du nombre.
God Bless You, Jim.