Nous entrons ici dans une des pièces les moins visitées du jardin secret...Dans un monde "normal", où le bon sens serait partagé, où l'on aurait le bon goût de cultiver le bon gôut par le bon bout, le quatuor X.T.C. (devenu trio par la suite), serait reconnu et considéré autant que les Beatles; et U2, au mieux condamnés à faire leurs premières parties. On ne parlerait de ses deux compositeurs , Andy Partridge et Colin Moulding, qu'avec cette émotion vibrante dans la voix qu'on réserve aux seuls grands alchimistes sonores.
Mais ces British ont -peut-être- eu la malchance d'éclore à l'époque punk, et pour peu qu'ils aient cru bon de se coiffer à l'ébourriffé, on les aura catalogués comme tels, alors qu'à l'inverse de la plupart, ils étaient d'authentiques "musiciens". Je veux dire, ayant ce sens mélodique approfondi et l'audace créatrice sans supplément d'investissement. Auteurs d'un méga hit avec riff de guitare original et acéré (Making plans for Nigel) on leur acolla tout aussi rapidement une deuxième étiquette: "new-wave". Cela n'engageait pas à grand chose, en ces moments confus où tout combo équipé d'une boite à rythme et d'un bontempi en état de marche pouvait sans rire se glisser dans le sillage... je ne dis pas spécialement cela pour Human League ou Orchestral Manoeuvres in The Dark, mais y a quand même quelques claques qui se sont perdues en chemin. Heaven 17, aussi, tiens. Et tant d'autres. Saleté d'époque, quand on y songe...
Toute étiquette a ce défaut de confiner les artistes authentiques dans une image figée, nécessairement réductrice. Le malheureux quatuor X.T.C.- par la suite réduit à l'état de trio, mais je crois l'avoir déjà dit- aura sorti une floppée d'albums tous insolents de talent, de maitrise, d'invention, qui ont fait le bonheur d'escouades de fans, qui jamais n'auront atteint la taille critique d'une véritable armée.
Voilà ce que dit l'article assez complet de Wikipédia, abordant la période 81-83, celle où sort ce qui demeure un des sommets du groupe, ce double LP nommé English Settlement. On ne saurait mieux résumer.
Pourtant au delà de cette diversité stylistique s’affirme plus que jamais une signature. XTC apparaît désormais comme un groupe pop majeur même si le succès commercial n’est pas à la mesure des espérances de leur maison de disques Virgin.
C'est un pur joyau pop, où l'électrique et l'accoustique sont en parfaites symbioses, où les vagabondages (vers l'Afrique, la Jamaïque) sont toujours bien pensés, joyeusement dosés, où chaque morceau témoigne d'une exigence musicale rare à cette période. Manque de pot pour eux, c'est Police qui raflera la mise, nos amis d'X.T.C. s'habituant à cet injuste statut de seconds couteaux. Il feront d'autres albums superbes. Mummer... The Big Express... Des échappées psychédilisantes, aussi, sous le nom d'emprunt de Dukes of Stratosphear. Et même un morceau de Noel, signé The Three Wisemen (les Trois Rois Mages). Collector.
Jusqu'à l'année 2000, XTC a creusé son sillon d'artisans consciencieux, sans jamais recueillir la part de gloire qui aurait du leur revenir.
Celui qui sème ne récolte pas toujours les fruits de ses efforts.
XTC en est une parfaite illustration, pour autant qu'il soit question de pop-music. Ecoutez cela... Et votre ordi va exploser en un big-bang de bonheur bizarre...



