Cette semaine, il fallait parait-il se demander s'il faut appeler les vieilles biques mademoiselle ou madame, et pareil pour les gamines de 14 ans que tu croises au carrefour, à qui tu demandes la direction du cimetière. Pardon, madame?... puis-je sans sexisme aucun vous demander la direction de la rue de la paix?
La grande actrice Catherine D. qui n'est plus une bécasse de l'année, exige qu'on l'appelle Mademoiselle. Pourtant, elle n'est pas du genre soumise, celle-ci. L'avait signé le manifeste des je ne sais plus combien de salopes ayant avant 73 commis un avortement clandestin.
C'est juste pour suggérer qu'avec le sexisme et le féminisme on a toujours ce double problème. Celui de savoir s'il faut s'en tenir à la plus cartésienne des logiques pour apprécier les situations, ou s'il faut intégrer dans le raisonnement la part subjective du ressenti.
Ce qui fait par exemple qu'une partie des féministes considèrent les niqabs, burqas, hijjab et autres foulards comme autant d'indices de soumission "à l'oppression masculine véhiculée par la religion". Et qu'une part équivalente estime que l'essentiel est le libre choix, et que si elles veulent se promener en plus avec un boulet de 8 kilos accroché à la cheville, l'essentiel est LEUR LIBERTE. Voilà. Tout dépend toujours du côté duquel on se place.
D'où découle l'avantage (ou l'inconvénient) de cette idéologie: on peut lui faire dire à peu près ce que l'on veut, on peut s'estimer choquer de tout, et de se contraire, selon l'humeur du moment. Se réjouir ou se lamenter d'une même situation, selon l'humeur du moment, l'air du temps. Il y avait cette blague éculée (de sa mère) qu'on lançait aux filles du MLF, dans les débats, qui faisait mouche à chaque coup: si on vous tient la porte on est phallocrate, quand on passe devant on est un goujat.
Je connais autant de féministes revendiquées qui vous expliqueront qu'effectivement, ce genre de prévenance est hors de propos dans un monde égalitaire, que d'autres revendiquant un droit à la courtoise élégance des temps passés, qu'on appelait galanterie. J'en connais aussi qui vous diront que "ça dépend de qui, et des circonstances".
La vieille saillie de ce vieux salopard machiste de Sigmund F remonte alors à la surface: après une vie passée à les écouter, je n'ai toujours pas réussi à apporter une réponse à cette question: mais qu'est-ce qu'elles veulent, AU JUSTE?"
L'essentiel de cette idéologie est de ne rien tenir pour acquis. Tant d'arguments pour, tant d'autres contre face à une situation donnée. Dans les deux cas, savoir l'argumenter avec suffisamment d'aplomb pour qu'à la fin nul n'y comprenne plus rien, sinon qu'il faut que ça change.
Mais quitte à surprendre, je trouve les arguments de Osez Le Féminisme! sur cette question parfaitement imparables, pour une fois, du point de vue de la rigueur du raisonnement: savoir si telle personne du genre est mariée ou non, ne regarde qu'elle, en tous cas pas le type derrière le guichet de la Poste. Et puis, on ne connait aucune distinction permettant d'interpeler avec pertinence l'individu de sexe masculin, selon qu'il soit marié ou non. Le mot "damoiseau", pointe nos revendicatrices, a disparu. Personnellement, je le regrette.
Il m'est maintes fois arrivé, en revanche, mais c'était il y a longtemps, que quelque sombre harpie m'interpellât d'un "jeune homme", où s'entendait le trop plein d'aigreur débordante que lui suscitait ma présence alentour. A présent, on me donne au mieux du "vieux con", ou "gros con" quand la dame a chaussé ses lunettes et peut m'évaluer la physionomie.
J'avais une vieille tante, vieille fille, aigre, Ma Tatie Danièle à moi, qui ne supportait pas qu'on l'appelât autrement que mademoiselle. Et je devine que beau nombre de jeunes femmes à peine sorties de la bimb'adolescence, revendiqueront bientôt qu'on les appelle madame.
Sur Twitter, on suggérait de n'appeler plus les unes et les autres que "connasse" ou "connard". Il me semble que c'est en bonne voie. Nous nous parlerons bientôt dans la vraie vie comme nous nous interpelons au volant. T'avances, connasse? Bouge ton tracteur, hey, ducon! Je comprends d'ailleurs un peu mieux pourquoi tant de gens ne s'adressent plus désormais la parole qu'en se lançant à la volée des bajour, b'jour, beujouha, où ne s'entendent plus ni monsieur, ni mademoiselle, ni madame. C'est là, je pense, le triomphe ultime du moderne, cette indifférence totale aux personnes elles-mêmes, qui gagne peu à peu du terrain.
Une bien belle victoire en effet.
Alors? Ecouter Ella. Qu'on n'appellait ni "madame", ni "mademoiselle". Qui ne prenait la tête à personne, mais vous faisait juste cadeau de la plus belle voix du monde.
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