Enchaîner le Petit Prince, juste après The Cramps... moi je dis, quelque part... faut avoir les bollocks. Ne pas craindre les ruptures de style. Il faut aussi oser "tout" assumer. Et j'assume ce disque-là, comme les autres, à 2000 pour cent. La musicalité de la voix de Gérard Philippe, en narrateur. Incroyable ce qu'elle faisait passer d'émotions, d'intensité dramatique. Il y a une densité dans cette production, il suffit qu'il dise le mot "désert" pour qu'on s'y sente aussitôt projeté. Et quand cette voix du "petit bonhomme" arrivant de nulle part, le réveille... Indépendamment même du texte, ce disque a sa musique, qui rôdait quelque part à la maison, je n'avais guère plus de trois ou quatre ans.
Je pense pouvoir dire qu'elle m'a toujours fait "flipper". Je suis de plus en plus convaincu qu'on ne devrait surtout pas mettre ce disque entre des mains d'enfant. La solitude, l'angoisse de vivre et vieillir, la mort, l'absurdité de la vie et la pauvre grandeur que les hommes veulent "quand même" y insuffler, sont omniprésentes...
Certains, je le sais, considèrent que c'est surtout une supercherie; une fadaise pseudo-initiatique, pire qu'un ouvrage de Paolo Coelho (pourtant, je m'élève en faux: il ne peut RIEN y avoir de pire qu'un livre de Paolo Coelho. Ou plutôt, si: DEUX livres de... vieille blague éculée). Certains jurent que ça ne vaut pas un coup de cidre, à côté d'Alice Au pays des Merveilles. Il y a aussi ceux qui préférent Jonathan Livingstone le Goeland que je n'ai jamais lu.
Je n'entrerai pas dans ce débat.
J'ai capté dans le Petit Prince quelques vérités simples et fortes, qui m'ont ému, qui m'ont aidé. Mais ce n'était qu'en le relisant... plus tard; bien plus tard.
Mais si je n'évoque ici que les sonorités, je crois que c'est en partie à ce disque que je dois d'être cet angoissé chronique, inapte au bonheur, handicapé de l'espoir.
Comme l'essentiel est invisible pour les yeux, comme on ne voit bien qu'avec le coeur, je crois qu'on peut entendre dans la voix de chacun des personnages, la tristesse qu'il y avait à participer pour de bon à cette oeuvre "là".
On ne devrait pas faire écouter ce disque à des enfants. Et pourtant, dès que je l'ai pu, j'ai cru bon de l'acheter, "à mon tour", à ma progéniture, dont il sera de nouveau question mercredi.
Ce doit être cela qu'on appelle "la culture". Ce besoin de transmission... Y compris d'histoires qui vous ont fait plus de mal que de bien. Etrange. Cela prend place dans votre univers, malgré toute la déspérance que cela suggère.
A côté de Gérard Philippe et de Georges Poujouly qui pleurait si bien, et se mettait en colère, et révait à haute voix, il y avait cet autre personnage, si étonnant.
La voix de Jacques Grello. Le Renard. Et cette phrase: "je te ferai cadeau d'un s'cret"...
Dans chaque transmission, il y a comme un désir d'éternité qui se heurte au sentiment de mourir quand même, du seul fait d'avoir voulu transmettre.