C'est une semaine un peu tournée vers l'"intime", qui a commencé, avec samedi, le Petit Prince, ce cadeau empoisonné qu'on fait aux enfants... Mercredi, la transmission sera de nouveau au rendez-vous.
Entre les deux, l'évocation d'une ancienne petite copine de lycée.
Quand je fis sa connaissance, elle n'était guère "fortiche", côté rock n'roll. Disons que ça ne l'intéressait guère. Elle passait plus de temps dans les bibliothèques, y dévorait les livres que ses parents n'avaient guère les moyens d'acheter. Elle m'avait de suite ému. Enfin, disons que j'avais surtout repéré ses seins. Après quelques temps d'approche, quand nous commençâmes à "flirter", elle eut la délicatesse, à laquelle je ne saisis évidemment pas le début de l'intention, de se pencher un peu sur le dossier "pop". Moi, j'étais plus attiré par poser mes mains ici, là, ou ailleurs. Je crains d'être passé totalement à côté des efforts qu'elle faisait pour s'intéresser à la musique. Elle s'était même mise à écouter l'émission de Jean-Bernard Hébey (que tout le monde n'appelait que par son prénom; il jouait le rôle du grand frère connaisseur. Voilà ce qu'il était pour "nous". Je lui ai dit un jour à quel point nombre de gens que je connaissais lui devaient leur passion. Non seulement il s'en contrefichait. Mais ça a plutôt eu l'air de le faire "flipper un max").
N'importe. Cette copine acheta quelques disques.
Dont ce dernier des Wings, qui venait de sortir.
Oui, mais voilà... A l'époque, la guerre Lennon-McCartney déchirait les fans : il fallait "trancher", dire à qui la faute si les Quatre s'étaient séparés, et pourquoi ils ne "se reformaient pas". Naturlich "j'avais choisi mon camp, camarade". J'étais pro-Lennon; Power to the people! J'étais contre le traitre à belle gueule, et pour le rebelle maospontex. J'étais pour le poing levé. Contre la main sur le coeur. Je n'allais pas jusqu'à préférer Yoko à Linda, mais bon... en apprenti gauchiste persuadé de l'existence d'un camp du Bien, (fut-ce un camp de rééducation par le travail manuel), je rejetais TOUTE LA FAUTE sur cet apôtre Paul et sa blonde, la richissime héritière. On n'est guère sérieux quand on a 14 ou 15 piges.
En somme ayant tout oublié d'Hey Jude et Helter Skelter, je crachais mon venin sur McCa... et voilà donc que ma petite amie m'annonce, tout-à-trac, qu'elle vient d'acheter "son dernier album"!!?? Qu'est ce que j'ai pu la chambrer, la pauvre, avec ça. Et quelle patience fut la sienne. Ah ouais, c'est vrai que toi tu aimes les Wings... Enfin... quand on écoute Band on The Run... Ce genre de piques acides.
Et puis, un jour, j'ai "accepté" qu'elle me prête le disque pour une semaine... Histoire que j'examine un peu le fond de l'histoire.
Je ne tolérais jusqu'alors du McCartney "solo" que deux chansons. Pas trois : "Give Ireland back To The Irish", parce qu'il s'était "engagé" (pour une fois!). Et "Another day", vu que la mélodie et la construction ne pouvaient laisser indifférent qu'un sourd.
Alors évidemment, il fut très énervant de devoir admettre que ce disque était un BON disque. Disons-le sans détours, un disque ex-cel-lent! Au reste, trente années plus tard, c'est toujours par un des morceaux de l'album que Paul démarre ses concerts. Ne tournons pas autour du sillon. C'est un des tous meilleurs albums pop de l'histoire du rock anglais. On doit pouvoir le dire comme ça. Re-évidemment, admettre mes torts, - j'étais une tête de pioche, j'essaie de l'être moins, mais parfois je peux être encore un genre de roi des cons-, admettre que le disque était bon, fut au-dessus de mes forces.
Je l'ai donc rendu à la petite amie de l'époque, lui concédant juste que "bon... oué, ok... pas trop mal".
En vérité, je l'avais copié sur une cassette (on a sa dignité), et pile trente ans plus tard, écoutant Sir Paul en concert, Stade de France 2004, j'avais le coeur serré dès les premières notes de ce Band on The Run... Et des putains de larmes, oui, pour ne rien vous cacher...
Je l'ai d'ailleurs avoué le soir, en rentrant de ce concert inoubliable, à la petite amie de l'époque. Ah oui... parce que j'ai oublié de vous dire... Elle est moi, on est ensemble depuis trente-trois ans. Soit bien plus longtemps que Paul et Linda. Moins riches. Mais plus longtemps... Et au train où vont les choses, on le sera encore, lorsqu'on sera "sixty-four", comme dans cette autre chanson de Paul, période Fab.
Et nom de Dieu... Ca ne saurait plus tellement tarder...
PS: Mc Cartney à Paris, le 30 novembre... I'll be there!
