Disclaimer: Je ne suis pas venu là pour réécrire le dictionnaire encyclopédique du rock en moins bien, les gars.
Alors pour le parcours complet du gars John Cale, du Souterrain de Velours jusqu'aux studios de production, tapez-vous plutôt la note wikipédia. Soulignons juste qu'au violon, à la basse, au micro, John Cale est l'exemple parfait de la "non star". Ignoré du grand public qui ne sait même pas qu'il existe, et ce qu'on lui doit. Adulé par certains spécialistes. Et considéré par les autres avec ce respect teinté de prudence, comme il sied aux démiurges dont on ne sait trop que penser en dernière analyse.
Rarement pochette aura mieux décrit son personnage que celle-ci, me semble-t-il. Cale le fantôme. L'ectoplasme inquiétant. Agent double ou triple. Un pied dans les classiques, les vrais, et aussi ceux du rock; l'autre dans l'avant-garde grinçante. Un héros du pré-punk qui guida plusieurs esthètes de la génération suivante (surnommée "X") sur les voies du dépassement. Squeeze. Patti Smith. Sham 69. Les Stooges. The Modern Lovers. Siouxsie and the Banshees. Cale, dont certains albums des seventies demeurent des objets cultes, aussi respectés qu'on les écoute peu, car ils sont même avec le temps qui a passé, trop bizarres. Toujours aussi inquiétants. Se repencher, si l'on peut, sur l'album "June, 1, 1974" de l'éphémère groupe ACNE (Kevin Ayers, John Cale, Nico, Brian Eno). Mais parlons de celui-là plutôt.
Ce son m'a sauté à la gueule, dans je ne sais plus quel magasin où il fallait zoner vers 1979. Tu pousses la porte, et là, à fond, voilà ce qui passe.
Inutile de tergiverser, il FAUT l'acheter aussitôt. C'est QUOI? Je le veux. Pas vraiment surpris quand le vendeur te montre la pochette. Ah, c'est donc lui... Ca vient d'arriver. Il dit qu'il le passe en boucle depuis deux jours. Un cri pareil peut-il laisser indifférent?
Un autre morceau de l'album tournait sur la platine du magasin. Mercenaries, Ready for War. Ambiance fin de siècle, avec vingt ans d'avance. La guerre froide était proche de ses plus hauts historiques. Juste avant le climax des dernières bastons, Reagan versus Andropov, qu'immortaliserait Frankie Goes To Hollywood en un clip bouffon. Mais nous étions cinq années plus tôt et ce disque-ci, Sabotage Live, puait déjà la fin du monde possible, toute proche, sérieusement envisageable. Peut-être aurait-il mieux fallu, au fond.
Trente ans plus tard, je vous jure que ce disque fait toujours une bande son impeccable pour ce millésime 2012, annoncé comme année du chaos final. Bientôt le big fight avec les Chinese? Bientôt le tout bel effondrement de la civilisation, sur fonds de mégatsunamis, djihads et bombinettes nucléaires ressorties des placards? Ressortez ce live de John Cale! Impeccable pour vos ultimes soirées d'angoisse! Même sa reprise d'un "hit de dance" des années cinquante, devenait un sommet de tension et de crispation sourde.
Le punk ultime, c'est lui, sans discussion possible.
