Steve Mc Queen fut un de mes héros d'enfance, Joss Randall, l'homme à la carabine courte. Ou le héros narquois des 7 Mercenaires. J'ignore pourquoi l'album porte ce nom. Mais de près comme de loin, il n'y est aucunement question, pour autant que je sache, de cow-boys, de far west ou de chasseurs de primes.
Ce disque est un exact inverse du précédent (John Cale, Sabotage). Un bijou pop, mélodique, élégant, pour moi emblématique d'années 80 "acceptables". Le choix n'était guère évident. J'ai eu vingt ans avec la plus nulle des décennies du rock. Il y avait des échappatoires. Virer funk à fond, Prince pour le meilleur, ou Earth Wind & Fire. Encore qu'à tout prendre, Kool & The Gang était plus sympa, non? Plonger dans le rap. Mais n'est pas Grand Master Flash qui veut. Fallait aussi s'embourber le très pathétique (avec le recul) Afrika Bambataa.
J'étais davantage porté vers l'option Reggae. Plus roots. Plus fun. Sinon, comme tout un chacun, tomber dans le systématisme du rock lyrique, les productions Steve Lillywhite, au mieux U2... au pire Big Country, (et pourtant j'ai donné...) ou les très oubliés Comsat Angels...
A moins qu'on abordât le bastringue électronique, boites à rythmes à la con, synthés à deux balles, tous ces groupes oubliés genre Human League, Eyeless in Gaza... Ah. Nous n'aurons pas rigolé tous les jours. Et c'était pourtant, quel paradoxe, le temps béni des radios libres où j'allais déverser mes passions du moment sur des ondes qui ne m'avaient pourtant rien fait.
Je dénigre, mais il y avait aussi quelques groupes et chanteurs parfaitement présentables, qu'on peut défendre encore aujourd'hui. L'excellent Crowded House. Lloyd Cole & The Commotions. Il y avait les Plimsouls, et quelques autres américains de Boston, genre Real Kids. Et puis ce groupe engliche au nom très improbable, un de ceux qu'on vous citait alors comme "possibles nouveaux Beatles"
Ce disque, Steve McQueen, est le deuxième du groupe conduit par Paddy McAlloon, un type doté d'une bien belle voix, et d'un sens mélodique vraiment intéressant. Il sortit en 1985. La période du deuil de ma mère. Le traumatisme de trois années invivables s'éloignait un peu. Je sortais aussi de ma période instit, c'était une année de transition, mais heureuse, car je croyais un renouveau possible. Je m'étais accroché à une reprise d'études, et sortais du concours de psycho, classé dans les 10 premiers de la promo, devant des zouaves bardés de diplômes, bien qu'on m'eut pris durant les deux années d'études pour un dilettante, un fumiste, un trouduc errant là comme un clebard salle des pas perdus. Pour la première fois de ma vie, je me sentais être autre chose qu'une sombre merde, condamné à vivre une vie de merde dans une ambiance générale de merde, et dans un quartier de merde.
Cet album n'exprime aucun sentiment de revanche. Mais si je repense à cette période, elle m'évoque le droit à considérer les choses sous un angle optimiste, positif. Ce disque et ce groupe gardent cette fraicheur là dans ma mémoire. Indissociables d'un de ces moments où la vie reprend goût à la vie.