A priori, et confidence pour confidence, le tatouage et moi, cela fait deux. J'ai un peu de mal avec tout ce qui semble irrémédiable. Ca me rappelle la Faucheuse, dont le coup de serpe l'est en général. Je suis donc assez circonspect, sitôt qu'on me montre des corps recouverts de motifs qui ne partiront jamais, même à l'eau de Javel, même en raclant très fort.
Je n'en suis pas pour autant totalement miraud. Quand je reçois ce bel ouvrage d'art - il n'y a pas d'autre mot- signé Chris Coppola et Frédéric Claquin, intitulé Tattooisme, je feuillette... je découvre... je m'étonne... je m'ébahis, m'ébaubis, et reconnais qu'à l'évidence, il y a des artistes qui ne manquent pas de peau pour exprimer leur talent.
Bien sûr, je dois à l'honnêteté et à la transparence de préciser que Frédéric Claquin est un complice depuis pfff... près de quinze ans. Je vis débouler ce grand gamin tout juste émoulu de l'école dans les locaux de TF1, avec ses pantalons baggy, son skate, ses jeux vidéo, et son enthousiasme très communicatif pour tout ce qui touchait à cette street culture, trash ou pas; celle qui agitait autant la côté ouest, tendance basque et landaise, que celle de Californie. Fredo est un mordu, un authentique obsessionnel. Le genre de mec qu'on n'oublie pas. Evidemment TF1 n'a pas su le retenir, mais ça ne m'étonne guère, ils ont ce talent particulier, là-bas, de ne pas repérer les talents qu'ils ont sous la main. Hein? Quoi? Je parle pour qui? Pour lui, en l'occurrence!
Fredo et son complice se sont penchés sur ces artistes pour qui le tatouage n'est pas qu'un moyen de rendre impressionnants des biscotos blanchâtres. Les photos, les portraits qu'ils tracent de ces experts repérés aux quatre coins du blog globe (NdHR: amusant lapsus écrit, je ne m'en suis rendu compte qu'en deuxième lecture) permettent de découvrir des graphistes surprenants, pour certains influencés comme on l'imagine sans peine, par la trash culture, les mangas, ou l'art traditionnel nippon, mais pour d'autres; beaucoup plus novateurs, revisitant le pop art ou l'esthétique rock, psychobilly. On y croise aussi des ambiances vaudou, de la ligne claire, des portraits de rock stars, ça part dans tous les sens et sur 180 pages défilent des corps, des gros plans, d'étranges compositions, mais en ignorant tout de ceux et celles qui les arborent. Pour ce qui est de savoir qui sont ces fous tatoués, le mystère demeure entier. Les seuls visages apparaissant demeurant ceux des artistes eux-mêmes.
Surtout, les deux auteurs ont su magnifier les photos par un véritable travail éditorial. Couv classieuse, beau papier, qualité de l'impression, leur livre a tout du cadeau de fin damnée impec, pour toute personne qu'attire le thème, dans sa dimension esthétique.
Evidemment, mes préférés sont ceux de la page 185. Achetez le livre, vous verrez pourquoi!