Attention, groupe un peu trop oublié. Album emblématique de son époque, contient un tube énormissime, arbre cachant une forêt de titres ébourrifants. Voilà le genre de groupe que je découvris "en direct", autour de mes dix ans, non point par l'album, mais par LE "45 Tours" qui trônait là, sur le présentoir tourniquet du Prisunic de mon quartier. Là où je fis mes premières expériences de chapardage. Apprenti voleur, agitateur de sonnettes, blagueur au téléphone, aucun instant de solitude qui ne fût d'abord mis à profit pour faire des conneries. L'absence du père, c'està-dire l'absence de Loi, en était la cause. A méditer, par toutes les mamans désireuses de faire "un bébé toute seule", mince d'idéal, et à l'élever de même, pour son égotiste satisfaction. Mais comme souvent, à l'heure d'évoquer cette funeste période de la fin de l'enfance, je m'égare. Comme je m'égarais. Raison de plus pour apprécier le titre: sur la route, encore. La route de la vie. O putain comme c'est beau.
Le premier vrai blues entendu en radio, donc, fut celui-là. J'avais auparavant découvert ce titre de Bob D. qui comportait le mot "blues" en son titre. J'étais à l'époque marqué davantage par "le pop". Jusqu'à l'arrivée quasi conjointe dans mon environnement sonore, de Janis J. (move over), de Joe C. (cry me a river) et de ce Canned Heat. Trois voix du blues, mais étrangement, trois voix blanches pour la musique la plus noire qui soit. Et d'ailleurs, cela continuerait ensuite, avec Les Stones, Led Zeppelin, Creedence Clearwater Revival... Les défricheurs, les historiques ne viendraient qu'ensuite. Le temps de la maturation.
Un ami me rappelait récemment que Bob Hite, à cette époque, possédait des dizaines de milliers de vinyles de blues... Une sorte de patrimoine dont il ne profiterait pas trop longtemps. Ruiné autour des années 80, il serait contraint de tout revendre, et mourrait dans la foulée, d'une crise cardiaque probablement due à sa corpulence excessive. Il y a des gens, hmmm, on se demande à quoi ils pensent...
Avec lui, le groupe avait été cofondé par Alan Wilson, l'homme à l'harmonica, promu meilleur harmoniciste du monde par John Lee Hooker qui savait de quoi il causait. Né en 43, mort en 70, Wilson fut donc frappé de ce syndrôme des rockers morts à 27 ans, mais chaque fois il semble qu'on l'oublie quand vient l'heure de rappeler les Hendrix, Joplin et autres Winehouse arrachés à nos affections à l'âge de 3 puissance 3.
D'autres fichus musiciens jouèrent dans Canned Heat, à commencer par les deux guitaristes Henry Vestine et Harvey Mandel, pour ce qui est le meilleur groupe de blues blanc de l'histoire, à moins qu'on leur préfère Allman Brothers Band, hypothèse qui tient également debout, mais dans un registre plus rock, moins roots.
Amphétamine Annie... on sent une vraie symbiose entre Canned Heat et les Doors. Le phrasé rappelle celui de Morrison, le tempo moyen également. Par la suite, le groupe enregistra un double album avec John Lee Hooker (Hooker n' Heat) où certains morceaux s'étiraient sur une face.
Ce deuxième album d'une discographie singulièrement nourrie, me semble donc aujourd'hui un peu trop oublié. Canned Heat fut un putain de groupe, qu'il est urgent, jeunes gens, de redécouvrir avant que les cochons ne vous aient dévoré les arpions.



