J'ai parlé d'un Everest du hard. L'Everest, et ce qu'il propose en lui-même de décourageant.
Au début, eh bien... Je n'étais guère fan de Led Zeppelin, figure-toi. J'aimais "certains morceaux" des trois premiers albums, Whole Lotta Love, You shook me. J'étais en somme client à temps partiel. D'ailleurs l'ai-je jamais vraiment été à temps complet... pas sûr. Il n'empêche que le duo Page-Plant, et la rythmique Jones-Bonham, constituaient ensemble, en ce début de nos chères seventies, ce que les apprentis rockeux pouvaient se mettre de meilleur sous la dent.
Las, j'étais à cette période encore un peu trop engoncé dans mon approche "pop". Le rock trop dur ne me faisait guère tripper. Je faisais un peu ma chochotte. C'était la même chose avec Creedence, le blues dur ne m'avait pas encore séduit. Ca allait venir. Et bizarrement, j'étais plus intéressé par le rock infiniment plus hard, balancé dans le deuxième album des Stooges, ce Fun House apocalyptique découvert par mon bon ami de l'époque, qui nous brulait les doigts dès qu'on mettait la main dessus. Définitivement trop.
Et puis, -Dieu nous protège-, arriva cet opus IV. Je ne crois pas qu'il y ait jamais eu, sur une même face A d'album, enchainement de quatre titres aussi vertigineux, dans le genre. D'aucuns vous assurent que l'influence maléfique de l'ocultiste Aleister Crowley, que Jimmy Page vénérait à l'époque, y est palpable, et même criante.
De fait, quel enchainement infernal... ce Black Dog et Rock n'Roll juste derrière... Comment ne pas en tomber sur son petit derrière d'ado, mi prolo mi petit bourgeois, comment ne pas considérer l'objet comme un absolu Graal? Eh bien...
En l'ignorant, tout simplement.
Oui j'ai longtemps été rétif à ce disque, longtemps j'ai affirmé que ce n'était qu'une triste daube. Pas loin d'une merde. Je pouvais le dire juste pour enquiquiner les copains, peaufiner ma différence. Dans le genre mauvaise foi, je m'y entendais. Jamais probablement je ne fus à côté de la plaque, autant qu'avec ce disque-là.
A la longue, je ne sais trop quand, l'objet finirait quand même par avoir raison de mes réticences. Avec lui, les trois premiers albums, auxquels j'ajoute volontiers les "BBC sessions", qui sont des live assez époustouflants. Ce que Led Zep produit derrière ne me concerne guère, mais cette première époque demeure un sommet.
Je n'écoute quasiment jamais la 2eme face. La première, m'évoque l'idée d'une fantaisie sexuelle à laquelle on se refuserait trop longtemps, pour une sotte question de principe, à laquelle on finirait par céder sur le tard... se demandant ensuite à quelle lubie on avait obéi tout ce temps qu'on avait rejeté ce plaisir. Rock & Roll, s'est une jouissance qui explose, totalement débraillée, hirsute, non contenue. Bon sang ce que ça peut faire comme bien.
Reste enfin "le" cas.
Stairway to Heaven.
Ne tient-on pas là le plus gigantesque solo de guitare terminal de l'histoire, n'en déplaise à tous les hendrixmaniaques, à tous les fans (dont je suis) de Zappa (et rappelons qu'il en grava une version, assez, heuu, surprenante), à tous les claptonophiles et tous les Townshend addicts? J'ai bien l'impression que ce titre est une perfection de production. Chaque instrument y trouve après les autres sa place, Robert Plant y chante merveilleusement, les ar-Page-s sont un modèle du genre et puis... il y a cette explosion finale. Elle est dantesque, mot qui semble un contresens puisque c'est de Paradis et non d'Enfer qu'il est ici question. Encore que je soupçonne derrière cette histoire quelque sombre symbolique ésotérique, dont je ne saurais dire si elle est ou pas du genre pacotille.
Je sais juste qu'à 130 kms/h sur autoroute, je peux encore risquer m'emplatrer la barrière de sécurité, file de gauche, tout simplement parce que l'ipod balance le damné solo tandis que je conduis. Rien, à ce moment là, ne pourrait m'empêcher de partir pour une de ces air guitar parties qui sont ma maigre consolation de n'avoir jamais su manier correctement les six cordes. Il m'est même arrivé d'espérer l'accident à certains de ces moments. Finir là-dessus. Crash final. Générique.
Rien que pour de tels moments, Led Zeppelin IV a sa place avec quelques autres, tout en haut, là, au sommet. Sur le toit d'un monde. Là où se trouve précisément, dit-on, le "paradis".
