Evidemment, il fallait bien que dans ce "last ten" qui n'est pas un "top", -mais peu s'en faut-, figurassent ces Chers Cailloux qui commencèrent de rocker du temps que j'étais en barboteuse, et continuent de rôder alentour, de sorte que je pus les voir, la cinquantaine passée, avec ma gamine devenue adulte, et si ça, ce n'est pas "accompagner une vie", je ne sais pas dire ce que c'est.
Pour autant, si je continue d'acheter chaque "nouvel" album des Stones, c'est un peu comme on s'obstine à verser son obole hebdomadaire à la Française des Jeux. On ne croit évidemment pas le miracle possible, et l'on continue pourtant d'espérer. De fait, il y a bien longtemps que je n'attends plus RIEN des Rolling Stones, même si de chaque album on trouvera toujours moyen de tirer une ou deux pépites réjouissantes. Some Girls, que la presse tente de réhabiliter ces jours-ci à la faveur d'une ressortie marketing, fut le premier disque à m'apporter plus de déception que de plaisir. Les suivants furent pires. Le dernier "grand" titre des Stones demeure à mes oreilles ce Start Me Up et son riff entre mille identifiable dès la première note, qui leur permet souvent de démarrer les concerts. Si je remonte encore le temps, l'album Black & Blue, dont le titre est magnifique, fut le premier qui me laissa sur ma faim, et normal... Il y manquait Mick Taylor, qui avait rendu son tablier après quelques cinq années à ne pas s'intégrer totalement dans le team.
Et pourtant s'il est un moment où les Stones sont l'indiscutable meilleur groupe de rock du monde, c'est bien celui où l'introverti blondin illumine les compositions de Jagger et Richards de ses fulgurances. Jugement que confirme Charlie Watts chaque fois qu'il le peut. Et l'on peut l'estimer autorisé à porter un avis...
Tous les albums où figure Mick Taylor sont, simplement, de merveilleux disques des Stones. Même it's only Rock n Roll? Un peu oui! Ecouter pour s'en convaincre les Richardseries du morceau titre, et la reprise des Temptations (Ain't too proud to beg). Ca et le magnifique Time Waits For No One, suffiraient à justifier ce LP pourtant controversé. Le précédent, Goat's Head Soup, est également excellent, sous-coté par les pontifes, probablement parce qu'il faisait suite au vénéré Exile on main Street, lequel demeure c'est vrai leur chef d'oeuvre "roots"; tour à tour rock, country, blues, et comme le précédent, (Sticky Fingers) très influencé par Graham Parsons, avec qui Richards trainait beaucoup à l'époque, et pour qui il avait manifestement quelque admiration (lire sa bio Life, pour s'en convaincre). Tous ces disques auraient donc pu figurer ici. C'est pourtant ce Let It Bleed que j'ai finalement choisi. Pourquoi? A cause du titre, magnifique. Parce qu'il s'y trouve un hymne indépassable (Honky Tonk Women), un blues superbe (Love in Vain, hommage à Robert Johnson), et cet autre, un blues rock échevelé où tout est parfait, tempo, parties de guitares, et le souffle et le son de l'harmo...
Enfin, dernière raison. C'est sur cet album que figure "mon" morceau préféré des Stones. Un des dix plus grands titres jamais enregistrés sous l'étiquette pop-rock. L'intro est étourdissante, lumineuse, Richards & Taylor imposent dès ce premier titre en commun une complémentarité diabolique. L'entrée de Charlie est d'une rare efficacité, Jagger chante comme il n'a jamais chanté, sa partie d'harmo est encore une merveille (ce qu'il en jouait bien, le salopard).
Et sur cet étrange gateau d'anniversaire, la cerise invraisemblable... La partie qu'assure la choriste Merrie Clayton me met chaque fois par terre: vous vous écraseriez vos propres testicules à coups de bottes si elle vous le demandait. Quand Mick reprend derrière, leur partie à deux est un genre de touze vocale dont on ne se remet jamais vraiment.
Chef d'oeuvre. De chez chef d'oeuvre.
Ne restent donc que deux disques à venir... Avant le dernier qui n'est pas le mien, mais celui ouvrant la porte vers un avenir qui ne m'appartient plus...



