Bon. Je sais. Bob a déjà eu trois fois les "honneurs" de cette bien modeste sélection. Avec celui-là nous sommes à quatre, et estimez-vous heureux, j'aurais pu ajouter... Blonde on Blonde, Another Side of Bob Dylan... Sans oublier, rien que pour faire chier, un ou deux disques de la période tant décriée qui va de 79 à 86, où notre descendant d'askhenaze se réinventait en "born again christian", ce qu'aucun observateur autorisé ne lui a jamais vraiment pardonné, à ce qu'il semble.
On se demande bien pourquoi, tout le monde aura donc eu droit à sa crise mystique, sauf... LUI. Lui qui représenta pour tant de millions (dizaines de millions?) la figure, pardon LA figure christique, messianique, "LE" porte-parole (bien malgré lui, du reste) dans ce nouveau monde imaginé sans Dieu par une jeunesse en proie à tous les doutes, capable de tous les emballements, apte à succomber à toutes les supercheries (au hasard, Che Guevarra, Timothy Leary, Wilheim Reich, Carlos Castaneda, Lopsang Rampa, ou tout autre gourou passant à proximité).
Dylan n'aura jamais le Nobel de Littérature et c'est tant mieux. Dylan a toujours été un personnage à personnalités multiples, toutes les bios, et la lecture de bien des interviews, invitent à converger vers ce point. Est-ce l'influence rimbaldienne (le fameux "je est un autre", devenu la tarte à la crème qu'on connait)?...il a toujours été, et toujours restera cet insaisissable qui nous échappe. L'authentique génie, définitivement hors norme, inclassable. Ailleurs.
De tous ses disques, ce Blood on the Tracks est mon favori. Du moins à certains moments. Disons la majorité du temps ("most of the times", comme il dit). C'est un album dépouillé, sobre, enregistré alors que l'artiste se séparait de la mère de ses enfants. Il lui écrivait du reste ce sublime poème de départ, et dans un monde rêvé, la partante se fut dit qu'elle ne POUVAIT décemment quitter un type capable de lui écrire ceci. Mais le monde n'est jamais rêvé, il est à vivre.
C'est souvent là que ça se gâte.
(Bob Dylan) - 05 - You're Gonna Make Me Lonesome When You Go
Si l'on veut, on a le droit de découvrir aussi la magnifique version, jazzy, enregistrée par la belle Madeleine Peyroux. Envoutant... (chercher l'album Careless Love, morceau 4).
Revenons à l'homme Bob, porté ici par des parties de basse éblouissantes. Elle sont la marque sonore de tout cet album, millésimé 1975. Tous les titres sont aussi intenses que les instruments s'y font discrets. La puissance des textes, la tension maximale imposée par la voix, en font un sommet de "L'oeuvre". Pourtant, certains ont du mal avec celui-ci. A cause d'un titre: le totalement incompréhensible Lily, Rosemary and The Jack of Hearts, disséqué ici, Une histoire qui n'en finit pas (16 couplets), dont la mélodie répétitive rebondit sans cesse comme une comptine diabolique. L'ensemble demeure pour tous un absolu mystère. Je connais des gens que cette seule chanson a découragés de tout l'univers dylanien. Ils vivent mal, je crois, cet effet de style, extrêmement courant chez l'artiste, quand le titre du morceau revient, implacable, à chaque fin d'un long couplet, comme est impitoyable le destin, et terrible la fatalité. Procédé qu'on retrouve aussi sur ce morceau, évoquant justement la destinée.
(Bob Dylan) - 02 - Simple Twist Of Fate
Le crève-coeur sur un disque de ce niveau (et sur celui qui viendra pour refermer le cercle) est de s'en tenir à trois titres. On voudrait tout mettre. Tout PARTAGER, non au sens de la copie mise à disposition, mais du point de vue de l'émotion, du plaisir rencontré. Tout ce que j'ai essayé de faire, en somme, depuis presque un an, avec cette envie d'exprimer ce que la musique m'a apporté de vibrations et de bonheur, alors que je ne sais toujours pas lire une portée, ni comprendre le discours des musicophiles avertis, distingués, avisés.
Partager. J'ai toujours eu cette envie: que toute personne que j'aime aime les disques que j'aime. Comme un supplément d'âme et de compréhension, s'installant autrement que par des mots. Et si je n'avais le droit qu'à un seul disque à offrir à toute personne à qui je voudrais du bien, ce serait celui-là.
Je peux pas mieux dire.



