ELTON JOHN - CROCODILE ROCK - TV SHOW HQ par THE-GRAND-WAZOO
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ELTON JOHN - CROCODILE ROCK - TV SHOW HQ par THE-GRAND-WAZOO
Rédigé à 10:00 | Lien permanent | Commentaires (16) | TrackBack (0)
Passant par hasard sur mon compte Typepad, je mesurai comme est triste la courbe de vos stats quand vous cessez un peu de publier... Arrivé au chiffre 111, je me suis senti bien seul, mais sans grande envie de passer à autre chose. Fatigue, lassitude. D'autres écrits à produire. Les uns parce qu'il faut bien vivre, les autres parce qu'il faut bien continuer à espérer... Ces jours-ci je me suis pris à imaginer un "worst of". Surement pas la série des "111 disques que j'abomine", vu que si je ne les écoute pas, ce n'est pas pour vous les infliger (vous affliger). Mais une petite salve de 12 chansons qui ont ce don de m'exaspérer dès la première note. 12 scies. De la guimauve à l'état abrupt. Du sirop. Quelques nanars français, quelques tubes adorés du reste du monde, mais par moi vomis. Ca commencera incessamment sous peu.
Peut-être même avant. Ca dépendra de mon humeur (plus con que moi, t'humeur!)
En attendant, je reviens sur ce disque des 111 qu'une actualité marketing remet sous les feux de la rampe. LA WOMAN figurait avec le dossard 29. Mon album préféré des Doors, et de loin, même si je reconnais bien des vertus aux deux premiers également. Celui-ci, m'évoque toujours cette moiteur des grands blues de nouvelle-orléans, bien qu'il ait été enregistré bien loin de la Louisiane. Chaque fois que je l'écoute, il me semble être projeté dans quelque bayou, alors que la réalité de cet enregistrement dit "mythique (dont parle magnifiquement Philippe Garnier dans le dernier R&F) se trouve à mille miles de mes imaginaires incertains.
Il se trouve que sortent ces jours ci des LA Woman par wagons. T'as le CD remasterisé. Avec version "un titre inédit".
T'as le CD version double, avec un album complet de versions alternatives. Celui qu'on m'a offert.
T'as le DVD avec les survivants qui t'expliquent en long en large et surtout de travers, comment Jim ceci et Jim cela.
Et puis s'il te reste un peu de monnaie en caisse, garde-la jusqu'au 16 mars, vu qu'on annonce pour ce jour la sortie du "LA Woman Workshop", vinyle pur fruit, avec éternuements du Lézard inédits, sans doute.
Evidemment, ce déferlement n'a pas la même saveur, selon que vous soyez moderne et de votre époque, donc pragmatiques, tout se vend tout s'achète, où est le blème? Ou vaguement passéiste et nostaljobard, un peu tristoune qu'on vous vende la vieille contreculture bab' "comme le savon à barbe", ainsi que l'avait annonçé Ferré autour de la même époque, extralucide comme d'hab.
Pour que le désespoir, même, se vende, ajoutait-il, mon vieux Léo...
Il ne reste qu'à en trouver la formule.
Tout est prêt: les capitaux... la publicité... la clientèle...
... QUI DONC INVENTERA LE DESESPOIR?
Je me suis fait offrir le CD avec ses versions inédites. Certes, ça vaut toujours le coup d'être écouté, si l'on aime les promesses inabouties, les esquisses, les brouillons. Généralement, à l'époque, les producteurs étaient pas plus cons que maintenant, ils sortaient la meilleure version du lot. Celles ici proposées n'ont donc d'intérêt qu'historique. Ce qui ne veut pas dire "aucun intérêt". Elles permettent de réentendre ce vieux Jim dans ses imperfections, ses impatiences, moins tragique, moins "shakespearien" (je ne sais pas pourquoi me vient l'adjectif, je le laisse, inspiration stupide peut-être, il m'évoque soudain le Roi Lear), plus humain.
Dans le dossier écrit par Garnier, grande plume historique de Rock & Folk, on fait parler le batteur John Densmore, qui lutte depuis des lustres contre ses ex petits camarades Manzareck et Kriegger. Cet insolent prétend qu'on laisse en paix la mémoire de Morrison, qu'on cesse de faire du pognon mortifère sur son dos. Il va, il erre, de procès en procès, tentant d'empêcher ses désormais adversaires de jouer sous le nom de The Doors. Il essaie de laisser une part de l'éthique d'époque intacte. Celle donc, de la "contre culture", qui comme tout, se fait tôt ou tard avaler par l'hydre insatiable du market' à trois têtes. On sait ça par coeur, Lennon vend des Tampax et des Citroen, Townshend vend les morceaux de Who's next comme génériques de séries (Baba O'Riley, c'est désormais la musique du générique des Experts, comme le Boléro de Ravel a été écrit pour les AGF). Hendrix finira en musique de spot pour un patch anti tabac, et Janis Joplin bientôt vantera les mérites d'une complémentaire santé. Disponible aussi en option "dépendance".
Fuck that life.
Rédigé à 17:52 | Lien permanent | Commentaires (28) | TrackBack (0)
Donc, vous avez eu hier le récapitulatif de ces "111 disques de ma vie". Mais avant d'arrêter un choix définitif, nombreuses furent, évidemment, les hésitations... Tous ceux-là sont des disques que j'aime ou que j'ai aimés, assurément; qui auraient pu faire partie du lot, il s'en fallut parfois de peu. Mais Choisir, c'est renoncer. Pour les curieux, voici ceux qui ont failli en être... (sans parler de tant d'autres que j'aime tout autant)...
Sinon, je suis frappé de voir que c'est au moment où ce cycle s'achève que les commentaires enthousiastes affluent, ici ou sur Twitter... alors qu'à bien des moments j'avais la sensation de jouer le DJ gâteux pour une salle de maison de retraite... vide. Etonnant, non?
Rock & Pop US : Velvet Underground featuring Nico (Peal slowly and see) - J.J. Cale (Okie) - Bob Dylan (Bringin’it all back home- Blonde on blonde- Slow train coming- Another Side of Bob Dylan) – Randy Newman (Sail away) - Plimsouls (Everywhere at once) – Santana (3rd album) – Iggy & Stooges (Fun House - Raw Power) - Mothers of Invention (We're only in it for the Money - Cruisin' With Rubben & The Jets)- Frank Zappa (Chunga's revenge) - Bruce Springsteen (The Rising- Nebraska- Born to Run) - Neil Young (Tonight's the night) - Crosby Stills Nash & Young (4 Way Street) - Paul Simon (Graceland)
Blues & Heavy Rock : John Lee Hooker & Canned Heat (Hooker n Heat) – ACDC (Highway To Hell, Back in black) - Led Zeppelin (II) - ZZ Top (Tejas- Eliminator) - Sonny Terry & Brownie Mc Ghee (Midnight Special) – Muddy Waters (Hard again) - Coffret “Chess Story”- Jimi Hendrix (Blues - Are You Experienced - Axis: Bold as love)
Punk & Garage Rock : Ramones (Rocket to Russia)- Jam (The gift) – Pogues (Rum, Sodomy and the lash) – Public Image Limited (Metal Box) – Jonathan Richman & Modern Lovers (1st) - Patti Smith (Easter) – Marty Thau (presents 2X5) - Saints (Stranded) - Clash (London Calling) - Fleshtones (Roman gods)- Buzzcocks (Another music in a different kitchen)
Pop anglaise: Blur (13) - David Bowie (The Man Who sold the World- Aladin Sane - Young Americans- Stage) - Eric Clapton (Unplugged) - Elvis Costello (King of America - All this useless beauty- This year's model) – Kevin Coyne (Matching heads and feet) – Peter Gabriel (So) - Van Morrison (Astral Weeks) - Oasis (What’s the story morning glory) – Rolling Stones (Sticky fingers- Exile on main street - Goat’s head soup) - Roxy Music (1st) – Slade (Play it loud!) – Smiths (1st album) – U2 (War) – Zero Seven (Simple Things)
Prog Rock: Can (Tago Mago) – Genesis (Foxtrot- Selling England by the Pound) – Gong (Angel's Eggs) - King Crimson (In the Court of The Crimson King) - Pink Floyd (Ummagumma) -
Chanson & Pop Française : Ange (Le Cimetière des Arlequins) - François Béranger (la chaise) - Georges Brassens (Le Gorille- Supplique pour être enterré sur la plage de Sète) - Christophe (Les mots bleus) - Léo Ferré (l’Espoir, Il n'y a plus rien, Amour Anarchie, La Solitude) - Thomas Fersen (4) - Boby Lapointe (Coffret Intégrale) - Bernard Lavilliers (les Barbares) – Patachou (chante Brassens)- Edith Piaf (Olympia 1961) - Charles Trénet (intégrale) - Trust (1979) -
Reggae et ska : Gladiators (Sweet so till) - Mutabaruka (Check it!) – Tappa Zukie (Man Ah Warrior) - Dillinger (CB 200) -
Soul Funk Rap: James Brown (Sex Machine) -Cypress Hill (IV - Los grandos exitos en espanol) - Aretha Franklin (queen of soul) - Marvin Gaye (sings Nat King Cole - What's going on) - Michael Jackson (Thriller) - Curtis Mayfield (Curtis - A new world order) – Prince (1999- Around the World in a day - Black Album) - Otis Redding (Blue)
Devotion, Indien: Rajan et Sajan Misra (voices from the heart) - Ravi Shankar & Yehudi Menuhin (East meets West) - Jan Garbarek & Zakir Hussein (Ragas & Talas) - Ry Cooder & Vishwa Mohan Bhatt (A meeting by the river)
World music : Chieftains & Van Morrison (Irish Heartbeat) - Titi Winterstein Quintett (Djini Tu Kowa Ziro) - Antonio Carlos Jobim (Orfeu da Conceição) - Vinicius de Moraes (Vinicius & Toquinho)
Jazz vocal : Chet Baker (Chet sings) – Ella Fitzgerald (Rogers & Hart songbook - Duke Ellington Songbook - Cole Porter Songbook) - Billie Holiday (Lady in satin – Songs for distingue lovers- Lady and Pres) – Madeleine Peyroux (careless love) - Compilation "50 sublimes chanteuses de jazz" -
Jazz instrumental : John Coltrane (A love supreme - Ole) – Miles Davis (Tallest trees- Kind of Blue- In a silent way) - Weather Report (Mysterious Traveler) - Sonny Rollins (East Broadway Rundown)
Classique : Lazar Berman & Karajan (Concerto n°1 piano, Tchaikovsky) - Maria Callas (la voix du siècle) – Furtwangler & Menuhin (concerto pour violon Beethoven, la 1ere version) - Jascha Heifetz ("Recital") – Wilhelm Kempf (32 sonates pour piano Beethoven) – Maxim Vengerov (2nd concerto violon, Mendelssohn) - Fabio Biondi (les 4 Saisons, Vivaldi) - Maurizio Pollini (Beethoven, Concerto n°V pour piano, "L'Empereur")
Et tant d'autres... Mais ne me demandez pas de recommencer!
Rédigé à 08:59 dans 100 disques | Lien permanent | Commentaires (26) | TrackBack (0)
Voilà... A présent que la boucle est bouclée, pour les amateurs de synthèse (Saint Thèse, priez pour nous) l'heure est venue de récapituler... Les 111 disques "de ma vie" étaient donc ceux là...
Bob Dylan: (avec The Band) Before the flood ; Highway 61 Revisited; Blood on the tracks; Tale Tell Signs.
Beatles: Beatles Again; Sgt Pepper's; Revolver - John Lennon: Imagine; Rock n' Roll- George Harrison: Brainwashed - Paul Mc Cartney & Wings: Band on the run -
Bruce Springsteen: Live 75-85- Devils and Dust- Seeger Sessions-
Lou Reed: Rock n' Roll Animal- Berlin ; Velvet Underground : 1969 (live) ; John Cale: Sabotage/Live
Rolling Stones: Let It Bleed - Get yer Ya-ya's out!
The Who: Who's next - Live at Leeds
Frank Zappa: Hot Rats - FZ + Mothers of Invention: Freak Out
Jazz : Louis Armstrong (The Good Book ; Louis Armstrong & The Mills Brothers) - Ella Fizgerald & Duke Ellington (Ella at Duke's Place) - Billie Holiday (The Quintessence) - John Coltrane (Blue Train)
Devotion, Indien: Nusrat Fateh Ali Khan (The Last Prophet)- Pandit Jasraj (Darbar) - London Radha Krishna Temple featuring George Harrison (Chant and Be Happy!) - Ravi Shankar (Chants of India)
Chanson Française : Alain Bashung (Fantaisie Militaire) - François Béranger (Une ville)- Georges Brassens (Les Trompettes de la Renommée) - Jacques Dutronc (Et moi Et moi Et moi) - Fernandel (le Palmarès) - Léo Ferré (Chante Verlaine & Rimbaud; Avec le Temps) - Thomas Fersen (Pièce montée des grands jours) - Serge Gainsbourg (Rock around the Bunker) - Jacques Higelin (BBH 75) - Kent (Tous les Hommes) - Catherine Ringer (chante les Rita Mitsouko) - Boris Vian (Anthologie) - Compilation l'Ame de Bretagne.
Rock & Pop US: Simon & Garfunkel (Greatest Hits) - Jeff Buckley (Grace) - Stephen Stills (Manassas) - Eddie Cochran (Box Set) - Elvis Presley (On stage 1970) - Roy Orbison (A black and white night) - Patti Smith (Horses)
US Country & Folk : Johnny Cash (American Rec. Vol.3) - Neil Young (Harvest) - Hank Williams (40 greatest hits)
Soul & Rap: Stevie Wonder (Songs in the Key of Life) - Sam Cooke (The man who invented soul) - Public Enemy (it takes a nation of millions to hold us back) - Prince (Purple Rain)
Pop anglaise: Roxy Music (Stranded) - Bryan Ferry (Dylanesque) - Prefab Sprout (Steve McQueen) - XTC (English Settlement) - Elvis Costello & Burt Bacharach (Painted with memory) - Kinks (The Kinks) - Peter Doherty (Grace/Wastelands) - Stray Cats (1st album) - David Bowie (Ziggy Stardust)
Prog Rock: Gong (Camembert Electrique) - Pink Floyd (B.O. More)
Blues & Heavy Rock : Led Zeppelin (IV) - AC/DC (Stiff Upper Lip) - Cream (Live Vol. 2) - Canned Heat (Boogie With) - John Mayall (Blues from Laurel Canyon) - Toe Fat (1st) album nul mais présent pour une autre raison - Muddy Waters (Anthology) - Johnny Winter And (Live)
Punk Rock : Ramones (1st) Sex Pistols (Never Mind The Bollocks) - Clash (1977) - Johnny Thunders & The Heartbreakers (L.A.M.F.) - Public Image Limited (1st Issue) - Cramps (Gravest Hits)
Reggae: Bob Marley & The Wailers (Rastaman Vibration)- Poet & The Roots/Linton Kwesi Johnson (Dread Beat n'Blood)
B.O. Films : Various Artists (Woodstock) - Nino Rotta (The Godfather) - Itzhak Perlman (Schindler's List) - Chieftains & Various Artists ( Long Journey Home)
Classique : Trevor Pinnock (Vivaldi 4 saisons) - Nikolaus Harnoncourt (9 symphonies de Beethoven) - Michel Portal (Mozart, concerto pour clarinette)
Divers: Gérard Philippe (Le Petit Prince).
On me dira: si je ne devais en garder que 10... Je n'ai jamais su choisir ni me limiter... raison pour laquelle... je pèse 111 kilos? Allez savoir!
Demain, la liste de ceux qui "auraient pu en faire partie" :)
Rédigé à 10:00 dans 100 disques | Lien permanent | Commentaires (6) | TrackBack (0)
Voilà. Nous voici donc à la fin. Au dernier opus d'une série commencée sur un coup de tête (avec l'envie de partager un disque ou deux), qui devint vite une tentative d'exprimer en quoi une passion peut contribuer à faire de vous le type que vous êtes devenu, en bien comme en mal...
Un retour sur sa vie, à travers les émotions, les jubilations, les coups de coeur et les mesquineries, des bonheurs et quelques larmes.
100 parut vite un peu court. Alors je suis monté à 111, qui n'est qu'une autre façon d'écrire le chiffre "3", dont la vertu symbolique est évidente puisque c'est le nombre minimum de points nécessaire si l'on veut former une figure fermée. Finalement, si cet exercice auquel je me suis livré n'a qu'un seul sens pour "moi", une fois parvenu à destination, (pour vous, je ne sais pas... Des découvertes? Des plaisirs oubliés remontés soudain à la surface? Des évocations d'autres albums", d'autres artistes?) c'est d'accepter un peu sereinement que le temps passant, tous ces morceaux de musique ne sont plus simplement que des morceaux. Ils peuvent évoqer des petits pans de vie, ils ne sont au bout du compte rien de plus que cela, et sans plus d'importance. Et pourtant ils comptent tellement pour vous. Vous ne vous imagineriez pas vivre sans les écouter au moins une fois encore... Et puis le temps passant, vous vous faîtes plus distant. Les nouveautés finissent par ne plus avoir la moindre importance... And I'm gettin' old, comme chantait Neil Young alors qu'il était pour très jeune...
D'autres artistes viennent. D'autres oreilles les écoutent. Ceux qui les entendent ressentent probablement des joies similaires à chérir leurs albums fétiches. Les écouter, moi, ne me fait souvent plus le moindre effet. J'ai l'impression que plus aucun album, aucun artiste, autre que ceux que je connais déjà, ne parviendrait à me faire le même effet que le jour où je découvris Les Who, Lou Reed, Jeff Buckley, Zappa, ou Springsteen reprenant les standards folk de Pete Seeger.
Ce dernier album symbolise alors ici cet implacable temps qui vous expulse peu à peu, sur fond tout de même de transmission. Pete Doherty n'est pas "mon héros". Il est celui de ma fille. Mais je me souviendrai longtemps de ce concert des BabyShambles où j'entrai un peu comme par effraction, les portes étant restées entrouvertes après un long moment de chaos. Cet imprévisible était arrivé avec trois heures de retard, et titubait comme un pantin sur la scène du Bataclan. Les mômes étaient en totale fusion. Exactement de la même veine que les stars qui m'avaient tant fait vibrer, moi. Doherty était de son époque, mais respirait le danger, la folie, la mort, comme d'autres avant lui, je veux dire avec cette petite touche qui s'appelle la classe, ou le talent. Certains diront le génie. Peu importent les mots.
Il est donc bon que ce soit lui qui referme "ma" série, alors que pour d'autres, il constituera la pierre d'angle de "leur" édifice musical futur. Life goes on. Ce soir où je ramenai chez eux les copains de ma fille, excités comme des puces après le concert bordélique à souhait du petit gars Pete, je retrouvais la même excitation que mézigue rentrant du concert des Who, au même âge, de l'électricité plein les esgourdes. Ils étaient touchants. J'étais content d'être le père de l'une d'eux, et de les ramener at home, heureux.
Un autre jour, ma gamine était rentrée du lycée et m'avait surpris écoutant à fond "Fuck Forever", magnifique hymne post punk des BabyShambles. Et ça l'avait tellement surprise qu'elle en avait pondu un article sur son blog: "Dad écoute Fuck Forever"... Le genre de truc qui émeut un papa rock. Voilà pourquoi j'aime vraiment bien ce gars, Pete Doherty. Un lien plausible entre ceux d'avant, et quelques autres qui viendront après, pas seulement préoccupés de marketing et de look, de ventes et de buzz.
Comme m'avait dit Steve Bators, lors de l'interview que m'avaient donné Les Lords of New Church: rock n roll is just a way you're living your life. On n'est pas pour autant obligé d'en mourir, à haute (over) dose ou à petit feu. On peut aimer simplement ce que ça vous procure d'adrénaline et de jubilation, sans se croire forcé d'en crever, à force d'en devenir une caricature. Je ne sais pas. Mais si j'avais vingt ans aujourd'hui, Pete Doherty serait sans doute une référence.
Je le trouve en tous cas très bien pour baisser ce rideau. Long Live, Rock n Roll...
Merci à tous et toutes pour votre fidélité durant cette série...
Rédigé à 10:03 dans 100 disques | Lien permanent | Commentaires (30) | TrackBack (0)
Et voilà donc le dernier du lot (le 111ème, lundi, sera celui qui ouvre une nouvelle ère qui n'est plus mienne... vous comprendrez si vous venez...)
Donc... Celui-ci. Une évidence. Il trône en tête de tous les "polls", de tous les sondages, comme indéracinable plus grand disque "pop-rock" de tous les temps, et rares sont ceux qui osent le bousculer pour en glisser un autre à la place. Certains diront que je ne fais donc guère preuve d'originalité. Rigoureusement exact. Mais cet album de 1967 est de bout en bout d'une richesse inouie, atteint un niveau de production inédit jusqu'alors. Et jamais revu depuis, à mon humble avis. Brian Wilson, l'alchimiste sonore des Beach Boys expliqua un jour que c'est de l'entendre qui le rendit fou, désespéré, incapable qu'il se sentait, après ce choc, de conduire à son terme le projet "Smile". Ce disque qui devait espérait-il, après la rivalité Pet Sounds / Revolver, marquer la définitive supériorité de sa fratrie sur les 4 de Liverpool. Son esprit créatif en fut mis ko pour vingt bonnes années, les drogues ayant naturellement contribué aussi à sa déchéance.
J'étais bien loin, en ces temps-là, de ces compétitions. Je découvris l'album, en classe de neige, février 1968. J'avais dix ans. Immédiatement j'ai détesté le ski. Et j'étais dans une "équipe" de chambrée où les autres m'avaient dès le premier jour pris pour cible, m'affublant d'un affectueux sobriquet, "sale juif", parce qu'ils avaient repéré à la douche mon sexe circoncis.
Ma fierté rétrospective, y repensant, fut de n'avoir jamais protesté face à ces insultes; de n'avoir jamais juré mes grands dieux que "juif je n'étais pas", mais "au contraire" élève chez les jésuites, nourri de bondieuseries à raison de deux messes la semaine plus un cours de catéchisme. Je serrai les dents tout au long du séjour. Ils ne se lassèrent pas pour autant. Je déteste depuis lors et les sports d'hiver, et le froid à la montagne. L'idée de chausser une paire de skis se place, au rang des tortures morales que j'aurais à supporter, entre écouter un album entier de chansons de Bénabar Cali, Noah, et passer deux jours entiers au milieu d'une meute de rats d'égouts affamés. Je vous laisse deviner dans quel ordre.
Cette quinzaine des vacances d'hiver de 1968 resterait donc comme un de mes pires souvenirs d'enfant, sans cette "grande", qui devait avoir douze ou treize ans. Je ne sais plus rien de son nom, de son visage, de sa voix. Tout élément physique est totalement effacé de ma mémoire. Je sais juste qu'elle avait apporté ce disque avec elle. Je la retrouvais en "salle de jeux" chaque fin d'après-midi, nous nous asseyions côte à côte, et nous écoutions religieusement les deux faces, et lisions les paroles (pour la première fois, elles figuraient au dos de la pochette). J'essayais dans ma tête de suivre à la fois les voix et les textes. Ce n'était pas de la tarte, si j'ose dire, pour un enfant de dix ans tout juste, de répéter en rythme des phrases telles que :
The celebrated Mr. K.
performs his feat on Saturday at Bishopsgate
The Hendersons will dance and sing
As Mr. Kite flies through the ring - don't be late!
Messrs. K. and H. assure the public
Their production will be second to none
And of course Henry The Horse dances the waltz!
Ou encore...
Follow her down to a bridge by the fountain
where rocking horse people eat marshmallow pies.
Everyone smiles as you drift past the flowers
That grow so incredibly high.
Ce fut un rituel merveilleux. Des moments d'une incroyable intensité. J'admirais la pochette. Les quatre vêtus en soldats psychédéliques étaient d'authentiques héros. Cette jeune fille m'accueillant à ses côtés alors que toute cette bande de merdeux m'avaient pris en grippe, ce disque que nous écoutions, étaient le plus chaleureux des réconforts. Je n'ai jamais oublié ces moments, et m'en souviens bien plus que du premier baiser amoureux qui viendrait quelques temps plus tard. Au delà d'avoir été pour une dizaine d'autres un souffre-douleur, je garde grâce à ce disque un souvenir bienheureux du séjour.
Plus tard viendraient la recherche, pour trouver le nom de tous les personnages illustant le facing. Puis celui de s'en moquer avec la parodie des Mothers of Invention (We're only in it for the money)...
Le disque? Je le réécoute rarement, je le connais par coeur, dans les moindres replis du sillon. Mais je continue de lui vouer cette tendresse particulière. Il rôde dans un méandre de ma tête, de la première à la dernière note.
Indépendamment de l'anecdote, reste la question de confirmer si c'est bien le plus grand disque rock de toute l'Histoire. C'est une pierre d'angle. Une authentique oeuvre d'art. Dans cent ans, on le rangera au même titre que Miles Davis, Beethoven ou Mozart, sur l'étagère des absolus chefs-d'oeuvre de l'histoire de la musique, tous genres confondus. Et l'on devrait dresser des statues à George Martin, pour l'avoir produit, et Geoff Eymerich pour en avoir été l'ingénieur du son inspiré (qui devint par la suite producteur de XTC, tout s'enchaine...)
Et puis cette autre interrogation. Quelles titres se dégagent? N'y a t il QUE des morceaux sublimes à l'intérieur? Non. Good morning n'est pas un excellent titre. Mais la production y révèle quelques trouvailles surprenantes. Lovely Rita est loin d'être le meilleur morceau jamais composé par Sir Paul. Mais son riff de piano me réjouit toujours. Jadis, je sautais volontiers le premier morceau de la Face B, le très indianisant Within You Without You, de George, qui figure aujourd'hui parmi mes préférés, comme quoi, oui, on change, même en restant le même.
Reste qu'il y a sur cet album les trois monuments: Lucy in The Sky, Being for the Benefit of Mr Kite, et A day In The Life. Trois extraordinaires voyages au coeur du psychédélisme de cette si extraordinaire année 1967, celle du "Flower Power" et du "Summer of Love". Peut etre la plus belle année du 20 eme siècle?
A vrai dire, je ne sais plus dire, ni choisir, parmi tous les titres qui composent ce miracle, ceux qui ont désormais ma préférence. En élire un plus qu'un autre n'aurait guère de sens. A part peut-être le premier, celui par lequel immanquablement commençaient nos séances d'écoute, dans cette salle de jeux, aux côtés d'une jeune fille que je n'ai jamais revue par la suite, dont je ne saurais dire le prénom, et qui pourtant a contribué bien plus qu'on ne saurait le dire, à me faire tel que je suis.
Pas certain d'ailleurs qu'il faille au bout du compte l'en remercier. Sauf pour ces moments-ci, évidemment:
01 - Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band
Et le dernier, quand même... comment y échapper...
Rédigé à 09:57 dans 100 disques | Lien permanent | Commentaires (31) | TrackBack (0)
Bon. Je sais. Bob a déjà eu trois fois les "honneurs" de cette bien modeste sélection. Avec celui-là nous sommes à quatre, et estimez-vous heureux, j'aurais pu ajouter... Blonde on Blonde, Another Side of Bob Dylan... Sans oublier, rien que pour faire chier, un ou deux disques de la période tant décriée qui va de 79 à 86, où notre descendant d'askhenaze se réinventait en "born again christian", ce qu'aucun observateur autorisé ne lui a jamais vraiment pardonné, à ce qu'il semble.
On se demande bien pourquoi, tout le monde aura donc eu droit à sa crise mystique, sauf... LUI. Lui qui représenta pour tant de millions (dizaines de millions?) la figure, pardon LA figure christique, messianique, "LE" porte-parole (bien malgré lui, du reste) dans ce nouveau monde imaginé sans Dieu par une jeunesse en proie à tous les doutes, capable de tous les emballements, apte à succomber à toutes les supercheries (au hasard, Che Guevarra, Timothy Leary, Wilheim Reich, Carlos Castaneda, Lopsang Rampa, ou tout autre gourou passant à proximité).
Dylan n'aura jamais le Nobel de Littérature et c'est tant mieux. Dylan a toujours été un personnage à personnalités multiples, toutes les bios, et la lecture de bien des interviews, invitent à converger vers ce point. Est-ce l'influence rimbaldienne (le fameux "je est un autre", devenu la tarte à la crème qu'on connait)?...il a toujours été, et toujours restera cet insaisissable qui nous échappe. L'authentique génie, définitivement hors norme, inclassable. Ailleurs.
De tous ses disques, ce Blood on the Tracks est mon favori. Du moins à certains moments. Disons la majorité du temps ("most of the times", comme il dit). C'est un album dépouillé, sobre, enregistré alors que l'artiste se séparait de la mère de ses enfants. Il lui écrivait du reste ce sublime poème de départ, et dans un monde rêvé, la partante se fut dit qu'elle ne POUVAIT décemment quitter un type capable de lui écrire ceci. Mais le monde n'est jamais rêvé, il est à vivre.
C'est souvent là que ça se gâte.
(Bob Dylan) - 05 - You're Gonna Make Me Lonesome When You Go
Si l'on veut, on a le droit de découvrir aussi la magnifique version, jazzy, enregistrée par la belle Madeleine Peyroux. Envoutant... (chercher l'album Careless Love, morceau 4).
Revenons à l'homme Bob, porté ici par des parties de basse éblouissantes. Elle sont la marque sonore de tout cet album, millésimé 1975. Tous les titres sont aussi intenses que les instruments s'y font discrets. La puissance des textes, la tension maximale imposée par la voix, en font un sommet de "L'oeuvre". Pourtant, certains ont du mal avec celui-ci. A cause d'un titre: le totalement incompréhensible Lily, Rosemary and The Jack of Hearts, disséqué ici, Une histoire qui n'en finit pas (16 couplets), dont la mélodie répétitive rebondit sans cesse comme une comptine diabolique. L'ensemble demeure pour tous un absolu mystère. Je connais des gens que cette seule chanson a découragés de tout l'univers dylanien. Ils vivent mal, je crois, cet effet de style, extrêmement courant chez l'artiste, quand le titre du morceau revient, implacable, à chaque fin d'un long couplet, comme est impitoyable le destin, et terrible la fatalité. Procédé qu'on retrouve aussi sur ce morceau, évoquant justement la destinée.
(Bob Dylan) - 02 - Simple Twist Of Fate
Le crève-coeur sur un disque de ce niveau (et sur celui qui viendra pour refermer le cercle) est de s'en tenir à trois titres. On voudrait tout mettre. Tout PARTAGER, non au sens de la copie mise à disposition, mais du point de vue de l'émotion, du plaisir rencontré. Tout ce que j'ai essayé de faire, en somme, depuis presque un an, avec cette envie d'exprimer ce que la musique m'a apporté de vibrations et de bonheur, alors que je ne sais toujours pas lire une portée, ni comprendre le discours des musicophiles avertis, distingués, avisés.
Partager. J'ai toujours eu cette envie: que toute personne que j'aime aime les disques que j'aime. Comme un supplément d'âme et de compréhension, s'installant autrement que par des mots. Et si je n'avais le droit qu'à un seul disque à offrir à toute personne à qui je voudrais du bien, ce serait celui-là.
Je peux pas mieux dire.
Rédigé à 09:30 dans 100 disques, dylanesque | Lien permanent | Commentaires (8) | TrackBack (0)
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