Donc, après les 111 albums qui m'ont marqué, 12 chansons qui me donneraient l'envie de devenir sourd... Ce sont mes 12 travaux de recule!
Enfant, j'adorais les guimauves qu'on achetait pour deux sous, enroulées sur la digue de cette petite plage populaire de Luc Sur Mer où je passais le mois d'août, avec môman. On enroulait la pâte autour d'un bâton, on appelait ça "Gui-Gui", j'adorais celles à la banane, je crois, et il y avait plein d'autres parfums aux couleurs vives et joyeuses. On ne disait ni "flashy", ni "fluo"; on aurait pu...
Ces friandises avaient le goût sucré de l'insouciance estivale à pas cher, comme les glaces à l'eau dans la jolie chanson de Michel Jonasz, qui m'évoque toujours mes vacances à moi, sauf qu'il n'y avait ni frère, ni père. Restait la guimauve, qui vous collait aux dents pire qu'un contrôleur des impôts à vos basques, pour peu qu'il ait repéré votre dossier dans la pile. Mais elle avait ce parfum d'enfance.
Il en va autrement de la guimauve en musique. Elle s'apparente souvent à un authentique délit, voire au crime contre la bienséance. On ne peut couper court aux réquisitoires qu'en biaisant, sur les gouts et les couleurs qui ne se discuteraient pas. Pas plus que les coups, ou les couleuvres, d'ailleurs.
Oui, il y a bien de ces gens qui vous montrent leur coeur et vous collent sous le nez leur bonté d'âme, comme d'autres exhibent un braquemard turgescent à la sortie des églises ou des écoles primaires. Il me semble assez malsain de déballer ainsi sa gentillesse à tous les passants. Je trouve cela peu ragoutant; sale à force de propreté.
Et dans ce registre à la fois sirupeux et vicelard, aucune chanson ne saurait égaler l'épouvantable Il est libre, Max, du par ailleurs assez éphémère Hervé Christiani.
il est liiiiii / breumax'ssss. Ce gimmick atterrant.
Ce genre de guimauve-là n'est pas seulement poisseuse, entêtante, indigeste. Elle a quelque chose d'indécent, disais-je, et celle-ci précisément les bat toutes.
Je hais ces ritournelles niannian, qui prétendent vous "faire passer un message" d'espoir, bonté, fraternitude, en caressant les bons sentiments des assistantes marketing dans le sens du poil. Je crains qu'inévitablement se pointe l'une d'elles dans mon périmètre, bonne âme prompte à se pâmer, qui m'expliquera QU'ELLE a compris le sens profond, qu'elle a bien goûté toute la poésie sous-jacente, le regard lucide porté sur la vie. Qu'elle a SAISI la portée du propos, qui couillon que je suis, m'a bien sûr échappée. Ca sent son Paolo Coelho à plein nez. Mais il est inutile de chercher à sensibiliser les convaincus à tout le gluant de la chose, la niaiserie démagogogue du propos, où ne transparait en réalité ni profondeur, ni justesse, et surtout pas le moindre gramme de poésie. Ils sont convaincus. Max a tout compris et pis c'est tout.
Je ne connais rien de plus désolant à part peut-être s'avaler une intégrale d'Angelo Branduardi.
Everest de Mièvrerie. Dégoulinance de propos lénifiants. C'est un genre d'hymne new-age pour demeurés mentaux, qui me donne envie de m'inscrire à Chasse Pêche Nature et Trahisons, pour si d'aventure le fumier de Max, un coup qu'il serait parti à voler comme dans le refrain, passerait à portée de viseur, et pan. Ca, au moins, ce serait fait.
Cette profession de bonne foi annonçait l'air de rien toute l'horreur du monde éthique d'aujourd'hui. Il aurait fallu pouvoir l'entendre comme on entend les sirènes d'alerte, juste avant le début du bombardement.
Tous aux abris. Mais ce con de Max, comme on pouvait craindre, a fait bien des émules.