C'est un film polonais qui passe actuellement dans quelques salles parisiennes. Tourné il y a deux ans, All That I Love offre cette image un peu à l'ancienne des films "indépendants" de la fin des seventies, tournés sans gros moyens, mais avec une maitrise affirmée du projet. Le film fut présenté au Sundance 2010, premier film polonais figurant à ce festival. Assez remarqué pour bénéficier aujourd'hui d'une distrib' internationale.
Le réalisateur, Jacek Borcuch, musicien lui-même, ressort de la boite à souvenirs ces années cruciales de la Pologne moderne qui sont le début des Eighties. Lui même y vécut sa jeunesse,. Solidarnosc agitait les chantiers navals, Jaruzelski astiquait ses lunettes, les Ruskovs avaient comme dans l'idée de pourrir pour de bon l'ambiance. En l'attente, des jeunes polonais s'essayaient à vivre à peu près comme leurs congénères occidentaux, bières, amour, punk rock, crise économique, une sourde tristesse était palpable, et voir les quatre héros du film chanter leur malaise dans la langue de leurs pères, nous renvoie au souvenir chez nous de Starshooter, ou en angleterre des Buzzcocks ou du Clash.
Ils ne "jouent pas" à faire "comme les anglais". Ils traduisent en polak les codes musicaux du punk rock, riffs cisaillés à la va-vite, tempos plus rapides qu'un bukake dans ta face, paroles plaquées sur des mélodies sommaires... Urgence, Impatience, Colère, désespoir, énergie vitale, tout cela se bousculant comme les premiers rangs des publics de concerts.
L'espoir d'un chaos d'où jaillirait un monde nouveau. Le truc avait foiré avec les peace n' love des années précédentes. Le punk foirerait son affaire avec la même élégance dans l'échec. Chaque époque a ses impatiences, ses volontés d'en finir. Chacune a ses tanks qui savent y remettre de l'ordre, fut-il "démocratique", comme en cette Pologne où Walesa finirait par attraper la queue du mickey présidentiel.
Le film capte ces moments où l'on passe de l'enfance à l'âge d'homme, moments même où l'Histoire s'emballe, sans que ses figurants le réalisent vraiment. Les mômes vivent. Sans bien savoir à quoi occuper ce présent qu'est LEUR vie. S'y succèdent des "moments", de jouissance ou d'explosions vitales, bien traduites en séquences brèves et sans paroles. Auxquelles succèdent des errances le long des murs de LA vie, immeubles aux peintures en pelade, plages venteuses et désertes où s'ébauchent des histoires d'amour, rêves de réussite, ce no future de la fin des années 70, ressemblant davantage à un no présent sans cesse recommencé...
Dans le cas de cette histoire, on devine cette quête d'un je ne se sais trop quoi, qui pourrait ressembler à un sens donné à sa vie, voire à de l'amour (Tout ce Que j'Aime est le nom du groupe dont est ici narré le moment de vie). Qui se combine avec l'histoire en marche, celle d'un pays qui l'air de rien s'écrit au moment où le communisme découvre qu'il a pécho le cancer, et ne va pas peut-être pas s'en tirer, malgré les traitements de choc (coup d'état du 13 décembre 1981). Et c'est tout le talent de ce film de n'utiliser pour le décrire aucun didactisme excessif, de sorte qu'on n'est ni dans le pathos larmoyant des grandes fresques américaines de jadis, ni dans l'analyse ascétique d'une réalité ramenée à quelque démonstation sociologique.
C'est peut-être que les vingt ans de ces gusses étaient les miens. Je les ai ressentis avec une empathie naturelle.Ni vraiment Génération X, et pas tout à fait l'Y. 81. Comme disait Nizan... 20 ans et je ne laisserais personne dire que c'est le plus bel âge de ma vie.
Mais c'étaient les miens, Paul. Et ceux dont il est question, dans ce film réussi...
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