Il est quasiment impossible de transmettre à travers un propos de blog ce qu'on peut ressentir en écoutant un chant du Pandit Jasraj. Je ne sais pas si j'aurai les mots. C'est d'abord physique, quelque chose me prend entre les poumons et me force progressivement à abandonner mes résistances cérébrales. De sorte que c'est une des rares formes musicales qui m'amène au bout d'un moment à ne plus penser A RIEN. Ce n'est pas que j'entre en moi-même, ou en méditation. Je me vide de toutes pensées.
D'autres, je m'en doute, ont en l'écoutant juste une envie : partir en courant. Ca ne donne aucune supériorité à celui qui "reste" (celui qui "comprend") et n'enlève rien à celui qui demeure fermé à cette expression (qui ne serait du coup qu'un soit-disant "non initié"). Ces discours infatués dès qu'on aborde la question des chants dévotionnels de là ou d'ailleurs, me gonflent profondément. Il se trouve juste que ce chant LA me parle, à MOI. Au niveau "des sens", et de "l'art". Point.
Reste la difficulté à transmettre, donc. Chaque morceau d'un disque de Jasraj (idem pour Sajan Mishrah, ou les Sabri Brothers) peut durer jusqu'à 30 ou 40 minutes. Je me désolais de ne pouvoir mettre ici de mp3. Et puis j'ai eu l'illumination - :) ... Trouver un bel extrait de concert mis sur Youtube, et vous proposer 12 minutes de cet homme aujourd'hui âgé de 80 ans, qui est à l'art vocal indien ce que Ravi Shankar est au sitar, ou Hariphrasad Chaurasia à la flûte. Le Maitre Vénéré de la musique hindoustanie, celle de l'Inde du Nord (la musique dite carnatique est celle de l'Inde du Sud).
Il y a une dizaine d'années à présent que je m'intéresse aux musiques indiennes traditionnelles, qui ont cette particularité de ne pas faire de distinction entre musique populaire et classique ou savante. Je ne suis jamais allé en Inde. La musique est ce qui me parait le mieux rapprocher les hommes. Je voyage avec mes oreilles. Pour qui souhaiterait approfondir un peu la découverte, je peux conseiller cet album, Darbar, édité par Sense World, un excellent label de musique indienne d'aujourd'hui. D'autres disques sont équivalents. On entre alors dans le concert comme dans un labyrinthe. Le Pandit (le Maitre) connait la sortie. On le suit. Ca dure longtemps. C'est magique.
On peut donc aussi préférer s'enfuir en courant... On "a le droit" de ne pas aimer cela.Par certains côtés, Jasraj peut faire songer aux chants Qqawali du Pakistan (rendus populaires par le regretté Nusrat Fateh Ali Kahn). Mais pour autant que je sache Nusrat était musulman soufi et Jasraj est hindouiste. On retrouve tout de même quelques éléments de ressemblance.
Si ce type de chant exige un petit peu d'attention, ce n'est donc pas de mon point de vue par intellectualisme prétentieux mais parce qu'il s'agit d'un art éloigné de nos habitudes de consommations musicales. Il faut y dédier un moment tranquille, et le consacrer pleinement à l'écoute. Cette "psalmodie" peut alors accompagner qui souhaite s'offrir un temps hors du monde et du temps. Méditation... ou plonger en soi-même, à la recherche de quelque trésor qui y serait enfoui... Comme vous voudrez...
Mais je l'ai également essayé sur autoroute, lors d'un départ en vacances... et c'était tout aussi prenant!
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