Ainsi, lorsque cédant une fois encore à mes délires obsessionnels, compulsifs, névrotiques, je tombe, au hasard d'une énième bio dévorée sur le Zim, sur ce constat qui me déprime : tous ces ouvrages font les trois-quarts de leur bon beurre sur la période archi-connue des jeunes années (de la bar-mitzsva à Hibbing (Minnesota), jusqu'aux journées moyennement tranquilles côté Woodstock, circa 67-70), puis vous brodent un chouïa autour de la période critique du tournant born-again-christian, survolant délibérément (paresse ou ignorance?) la plus passionnante à mes yeux: celle du temps présent, quand le mythe s'est fait vieil homme, et déconstruit son oeuvre, avec élégance, distance, humour et politesse d'un possible désespoir; celle où il s'assume avec cette voix rauque et cassée, que mon ami Dubuc appelle "croassement", qui me semble à moi le simple témoignage de l'absolue humanité du génie qui se sait mortel.
Une énième fois je réprime un pleur, écoutant Blind Willie McTell. Je surfe sans parvenir à m'arracher du spot, alors qu'il faudrait tout de même songer à chercher le sommeil en position horizontale. Las, au hasard d'une énième rebond, qui pouvait être le dernier du soir, je tombe sur ce classement (datant de 2005) établi le magazine MOJO (l'équivalent grand-britton du Rolling Stone US, à côté de quoi notre R&F n'est qu'une aimable imitation, laborieuse et quelque peu vaine, de faire vivre "la culture rock" en son essence... mais vu côté français, et cela suffit à cerner les limites de l'ambition). Classement, donc: des 100 greatest Dylan's songs.
Le dossier, 24 pages, qu'on peut télécharger ici : Téléchargement Bob-Dylan-100-Greatest-Songs-MOJO-Sept-2005, est superbe et brille d'une icono gratinée. Je m'attends à y trouver, en inévitable number un, ce Like a Rolling Stone de 65, indépassable sommet. Il y est, et à sa place, et commenté une fois encore par l'historien Greil Marcus, lequel ayant pondu un livre entier sur le sujet (sur "la" chanson), peut bien se fendre de deux ou trois feuillets complémentaires.
Je n'ai évidemment rien "contre" ce chef d'oeuvre, à ceci près que j'aurais pour ma part tendance à le classer n°2, dans mon hypothétique classement des 100. Mais n'anticipons pas. Je regarde la liste, la confronte à d'autres, présentées sur d'autres sites. Manière de bien me confirmer l'étonnement: LA chanson que je classerais pour ma modeste part "number one", n'y est tout simplement pas présente. Pas même 95... ou 99ème: juste "pas là". Sur certains forums, cette absence est d'ailleurs pointée, pour illiustrer la limite de cette construction Mojoienne: Just Like Tom Thumb's blues ne figure pas dans les 100 meilleures chansons de Dylan, vu de leur bow-window. Sacrés britiches... S'en suit un des ces moments de solitude (énième) qui vous renvoie vers un autre bol d'Auchentoshan. Ne pas rester seul, le temps de vérifier si d'aventure, on repèrerait dans la liste, d'autres oublis du même tonneau.
Tu m'étonnes. Pas de Leopard Skin pill box hat... Pas d'avantage de Maggie's Farm. Pas plus d'Absolutely Sweet Marie.
Il est alors pas loin de deux heures, et me voilà parti à pointer les 985 morceaux du Zim présents sur ma liste I-Tunes (oui, il y a des doublons. Oui, quelques bootlegs aussi, dans le lot. Je présage que chez certains, c'est pas 900 mais 9000 versions qui se bousculent au portillon de la lecture aléatoire. On fait ce qu'on peut avec c'qu'on a, comme dit cet autre poète). Deux heures, et me voilà tentant de définir mon hundred best à moi. Après, l'on s'étonne que les journées soient longues. Mais quand le monde autour de vous s'effondre, quand bêtise et violence se font la courte échelle pour mettre à bas le peu d'humanité qui reste, est-ce qu'on ne fait pas tout aussi bien de ce concentrer sur ce genre d'inutilités indispensables, et de s'y réfugier comme d'autres dans le silence?
J'ai donc bordé mon One hundred perso. Pour ceux que ça amuse, il compte 34 chansons absentes du classement Mojo, mais le mien intègre l'album de 2005, qui n'était pas sorti au moment de l'initiative ici discutée. A chacun "son Dylan". Mais quitte à passer pour le dernier des saugrenus, je maintiens, persiste et signe que ma préférée reste celle-ci, dont l'intro me laisse chaque fois à terre, et voilà 46 ans que ça dure.
(Bob Dylan) - 08 - Just Like Tom Thumb's Blues
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