C'est devenu une blague récurrente. Il y a Sandiet, le Twitterophathe, qui m'abreuve. Et Aymeric, l'érudilettante scribouillon, qui me nourrit. Je les soupçonne tous deux de vouloir me pousser dans certains retranchements misanthropes. Ils m'envoient des liens vers des chanteurs qui tous ont en commun d'être jeunes et de compenser un manque total de compétences permettant d'envisager pour l'avenir "un métier honnête", par l'ambition de faire carrière dans la chanson.
On se souvient de ce que disait Desproges des "animateurs de radios libres" à l'absence infinie de culture. J'en fus. Et c'est vrai que le manque de talent n'a jamais dissuadé personne de tenter sa chance au grand crochet de la vie, on en connait qui en vivent même fort bien. Et je conçois tout à fait, si l'on songe à la façon dont "l'entreprise moderne" traite ses salariés, jeunes ou vieux... que tout guitareux capable d'articuler trois mots et de faire rimer Josette avec chaussette, tente sa chance en croisant très fort ses doigts dans son dos.Il faut bien vivre.
A quoi s'ajoute que tout le monde n' a pas eu la chance de grandir dans une cité pourrie où la seule chose à faire, en dehors des heures de deal, est option 1. taper dans un ballon en rêvant qu'on pourrait devenir le prochain Ronaldinho. Option 2. s'affubler de chaines en or et casquettes américaines en prenant la pause Puff Daddy Vintage 95, avec l'univers poético verbeux qu'adore Martine Aubry, cette grande hip-hopeuse devant l'Eternel.
Je comprends tout cela. Le drame est que certains y arrivant, d'autres s'engouffrent dans la porte entrouverte, et généralement le peu de talent disponible au départ ne se transmet pas, s'égare en route, de sorte qu'ayant eu Zazie, puis maintes sous-Zazie, nous voilà avec Zaz. Nous avons eu Noir Désir et son poète doublement maudit; voilà qu'à présent jaillissent de mille et un sites web des clones du vieillissant Cantat Bertrand, chacun récitant le même bréviaire altermondialiste pétri de bonnes intentions, mais qui groove autant que cette boite de petits pois vide rebondissant du 6ème sur les parois de la colonne vide-ordures.
Aymeric et Sandiet m'envoient donc des liens, en supputant que ça puisse me faire rire. Me frappe à chaque fois que le journaliste, engeance assez paresseuse de nature, convoque immanquablement au rang des cautions/inspirations, Léo Ferré, Charles Trénet, Brassens ou, si le gars est une fille, Barbara. Vérifiez, ça ne loupe jamais. L'option Bertrand Cantat déjà cité valant dès lors que dans un de ses titres au moins, l'aspirant-Cali laisse entendre qu'il est de gauche, contre la guerre, pour le partage des richesses et l'extinction du paupérisme après 22 heures. C'est-à-dire, hmmm... chaque fois... nul n'ayant jamais songé dans ce pays à démarrer une carrière en déclamant qu'il kiffe sa race jean sarkozy.
Ils m'envoient des liens espérant, je les soupçonne, que je vais pondre une note où j'ironiserais sur l'incompétence rimeuse, le terrible handicap mélodique, le phrasé anémié, l'inspiration famélique. Y céder serait tentant. Cela permettrait aussi à quelques rebelles de circonstance de venir me rabrouer, attendu que
1. la posture "c'était mieux avant comme sérieusement à nous gonfler les ovaires, et que bon sang soyons un peu positif, merdre!"
2. qu'est-ce que TU as fait de ta vie, TOI, ducon qui donne des leçons et n'a jamais pondu le MOINDRE refrain, pas l'once d'un ouvrage allant d'un début à une fin. RIEN en somme, en dehors de tes blogs minables, pas même inscrits d'ailleurs au Top 1000 de Wikio.
3. tu ne fais jamais que ressasser tes frustrations de précancéreux prostatique quinquagénisant, alors que tous ces jeunes ont pour eux la fougue, le rêve, l'avenir, et quarante ans au moins à cotiser avant la mort retraite, à moins qu'un nuage nippon ne nous envoie tous nous faire tirlipoter la thyroïde chez Belzébuth.
C'est vrai, je n'ai rien chanté. Tout petit déjà j'étais trop ébahi par la perfection d'un Brassens, le rythme échevelé d'un Ferré, les rimes claquantes d'un Nougaro, l'égo déchiré d'un Brel. Et Dieu me comprenne, cela m'a donné assez tôt un sens aigu de l'humilité. De même n'ai-je rien écrit. Pire, rien publié. Je crois qu'il y a trop d'arbres massacrés pour trop de livres sans aucun intérêt, et voilà ma contribution écologique, ne pas y ajouter les miens. En plus je suis vélléitaire si je veux, n'ayant pas, moi, (voir note précédente) cette capacité à dire de moi-même, à quiconque, tu n'es pas près de me connaitre et crois-moi c'est toi qui y perd! Ah Celle-là, je peux vous dire qu'elle m'a fait la journée, hin-hin.
On devrait donc me décerner un prix pour n'avoir rien écrit. Comme ce non-éleveur de porcs, qui avait demandé à bénéficier des aides européennes à la réduction du nombre des têtes. Comme il n'en n'avait aucune, il proposait de faire un effort pour toucher la double prime.
Je devrais aussi recevoir une victoire de la musique pour ma contribution au silence.
Pour ceux qui aiment "la nouveauté", "la jeunesse", "le moderne", "le renouveau", voici trois liens qui vous permettront le cas échéant, d'en savoir plus sur qui vous massacrera les tympans aux prochaines fêtes de la musique, une fois la gauche reviendue au pouvoir.
Essayez Juliette Katz... (qui nous les...)
Continuez avec Mélismell, qui s'en mêle et s'emmèle dans une poésie sans queue-ni-tête renvoyant l'imitation de Bertrand Cantat par Laurent Gerra à son rang d'amateur...
Terminez avec Cyril Mokaiesh. Il est communiste, je vous préviens. Enfin, c'est lui qui le dit.
Cette triplette avalée, demandez-vous ensuite, bon sang avons-nous VRAIMENT les moyens d'entretenir autant d'intermittents à temps plein ???
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